Cinema

KVIFF: Une fête de cinéma pour le premier jour de Toute La Culture au Festival de Karlovy Vary

KVIFF: Une fête de cinéma pour le premier jour de Toute La Culture au Festival de Karlovy Vary

06 juillet 2019 | PAR Yaël Hirsch
  1. C’est le septième jour du 54e Karlovy Vary International Film Festival (KVIFF) et notre première incursion dans cette ville d’eaux qui accueille le plus grand événement cinéphile de l’Europe Centrale et de l’Est.

Après une arrivée nocturne assez enthousiasmante, avoir dansé, bu du « bohemian spritz » et mangé des saucisses fumées à deux heures du matin au Becher Bar installé en plein air devant l’hôtel des thermes qui est le cœur du festival, nous avons commencé la journée par un film russe d’une section parallèle.

Byk ou «  The bull » premier long métrage de Boris Apokov, est une sorte de remake de Bullhead de Michaël R. Roskam au temps de Boris Eltsine. Parrain de sa famille de criminels depuis la mort de son père, Anton Bykov alias Byk calme sa mère, cadre son cadet pour qu’il étudie et gère un gang avec calme et cervelle. Boxer et dur à cuire, il dit oui à son oncle pour une mission … qui va se télescoper avec une histoire d’amour et ses problèmes cardiaques cachés. Ah le cœur des mafieux ! Inégal, entre ses merveilleux plans de rixes ou de recueillement, et ses faux mouvements caméra à l’épaule, soucieux des costumes et des détails, délicieusement kitsch et nostalgique dans sa BO, Byk vous agrippe avec force et émotion. Un film qui parle de la jeunesse russe avec peut-être plus de cœur et moins de chichis que Serebrennikov dans Leto.

A 13h00 nous avons traversé la ville pour nous rendre au mythique, magique et grandiose Hôtel Pupps avec ses arabesques et ses dorures pour voir, dans le Casino/Salle de Bal Belle Époque, un film labellisé Sundance 2019. To the stars de Martha Stephens est filmé avec maitrise en noir et blanc;  cette fresque sixties qui raconte la rencontre d’une fille complexée d’alcoolique et d’une femme apparemment libérée a des relents de Jane Austen et Todd Haynes. Une fresque féminine où le souci du costume et du maquillage plaira aux puristes.

A 16h00, nous sommes arrivés au Mestse Divadlo, le théâtre de la ville et avons été placés dans une luxueuse loge pour voir le nouveau film d’Isabel Coixtet (Chocolat), Learning to drive. Alors que Patricia Clarkson est venue présenter le film en flamboyante tenue jaune, le public a ri aux larmes devant cette comédie romantique silver et transculturelle. Ben Kingsley en prof d’auto-école sikh et Clarkson, en intellectuelle new-yorkaise divorcée, forment un couple joliment tendre et dépareillé. Définitivement, dans les ors du théâtre, le feel good movie de la journée.

Après une pause bière-saucisse et un tour sur les vélos mis à disposition des festivaliers, notre soirée a été marquée par deux documentaires. En salle presse d’abord, nous avons pu voir le film néerlandais Dans les bras de Morphée de Marc Schmidt, qui est donné en première internationale au KVIFF. Un film qui interroge un sujet important : les troubles du sommeil, mais avec beaucoup d’effets de manches et de grimaces expressionnistes pour peu d’information partagée.

Dans la nuit assez fraîche de Karlovy Vary, nous sommes ensuite retournés au Grand Hôtel Pupp pour partager, avec une salle pleine, le documentaire tchèque présenté à Cannes Classics, Forman vs. Forman de Helena Trestikova et Jakub Hejna. Concentré sur des interviews du réalisateur des Amours d’une blonde, Amadeus et Vol au-dessus d’un nid de coucou, couplées avec des extraits de films sans autres témoignages, le film est d’une facture classique mais nous donne le plaisir de vivre 1h30 avec l’intelligence et la clarté multilingue du réalisateur. L’attachement à la République Tchèque est montré mais peut-être trop partiellement et sans la réflexion sur la place que Milos Forman a eu, notamment lorsqu’il a fait le choix de laisser sa famille et de partir vivre aux Etats-Unis après le coup d’État de Prague. Néanmoins, alors que chaque projection est accompagnée d’un petit film malicieux mettant en scène une personnalité du cinéma primée au KVIFF, celle de Forman en dit long : tout sourire, il écrase ses médicaments de vieux avec la statuette …

La soirée s’est terminée, avec de nombreux jeunes qui avaient, pour certains, infiltré leur bouteille de Becherovka, par une projection de minuit au très authentique Kino Cas. L’ambiance était survoltée pour suivre les aventures glaçantes de deux enfants dont le père se remarie, ce qui conduit la mère (Alicia Silverstone) à se suicider. Six mois plus tard, leur marâtre, elle-même fragilisée après avoir réchappé du massacre d’une secte, veut les garder deux jours dans un refuge de montagne pour mieux les connaître : Joyeux Noël ! Hitchcockien, joliment filmé avec ses parallèles de maison de Poupée, The Lodge, de Veronika Franz et Severin Fiala, souffre de trop peu creuser ses personnages et nous laisse un peu sur notre faim avec ses monstruosités de secte un peu trop appuyées.

La première séance de ce dernier jour de festival étant à 9:00 demain, nous avons stoïquement évité le dance floor en plein air pour prendre quelques heures de repos avant de repartir pour une belle journée de cinéma contestée.

Demain : le palmarès et encore des films.

Visuels : YH

La « Dévotion » ambitieuse de Clément Bondu au Festival d’Avignon
Astropolis jour 2 : 120 battements par minute dans les bois
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *