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[Karlovy Vary Film Festival] « You have to come and see it » : La nouvelle réalisation de Jonas Trueba

[Karlovy Vary Film Festival] « You have to come and see it » : La nouvelle réalisation de Jonas Trueba

08 juillet 2022 | PAR quentin didier

En vogue depuis plusieurs années maintenant, Jonas Trueba présente son nouveau film « You have to come and see it » en compétition au Festival du film de Karlovy Vary. A travers le plus simple des quotidiens de deux couples madrilènes, le réalisateur ibérique questionne les rapports sociaux et l’ambition philosophique des individus au 21ème siècle. De ce récit étrangement réaliste nait d’implicites réflexions sur notre place dans la société et plus globalement dans ce monde contemporain.

C’est avec son cinquième long-métrage Eva en août (La virgen de agosto en version originale) que le cinéma de Jonas Trueba arrive en France en août 2020. Le récit de cette jeune femme vagabondant au gré de fortuites rencontres dans la capitale espagnole en plein milieu de l’été, est nommé dans la catégorie du meilleur film étranger à la cérémonie des Césars l’année suivante. Le film avait auparavant fait impression à la 54ème édition du Festival de Karlovy Vary en 2019. Pour ce 56ème volet, le festival tchèque dévoile la nouvelle réalisation du cinéaste espagnol en compétition pour le prix du Globe de cristal.

Une réflexion menée en musique

You have to come and see it s’ouvre sur une séquence de concert où nous découvrons les quatre protagonistes captivés et transportés par la composition d’un pianiste. Mais déjà un fossé semble se creuser entre les deux couples d’amis – l’un semblant plus dubitatif que l’autre. Susana et Guillermo, couple bourgeois-bohème épanouit et parfaitement ancré dans son époque, apprécient chaque note de cette mélodie qu’ils veulent faire découvrir à leurs amis. Au contraire les mines d’Elena et Daniel sont moins expressives et moins passionnés – Daniel déclare plus tard culpabiliser de ne pas capter l’expressivité de cette musique savante.

Le propos du récit de Jonas Trueba semble par ailleurs rythmé par la musique. Lors de leur déplacement en train pour rendre visite à Susana et Guillermo qui ont déménagé dans la campagne à quelques kilomètres de Madrid, le couple est accompagné par la chanson Let’s move to the country de Bill Callahan. Le morceau sonne comme un poétique appel au voyage, et cette fois-ci le sourire est présent sur le visage de Daniel pour qui la mélodie est plus évocatrice.

Quotidien et étrangeté du monde

Ce nouveau film de Jonas Trueba questionne à nouveau la société contemporaine. Dans un récit où la narration présente avec prosaïsme et réalisme le quotidien de trentenaires espagnols, le cinéaste relève subtilement une inquiétante étrangeté – celle du monde qui nous entoure. Les discussions des protagonistes sont en effet parsemées de moments de flottement où le malaise n’est pas anodin, mais presque symptomatique d’un malaise civilisationnel. Elena et Daniel apparaissent plus conscients de cette condition – comprenant qu’ils ne sont que de simples individus parmi tant d’autres.

Cette idée traverse de part et d’autre un récit en apparence simpliste. Mais c’est au cœur de la banalité que le propos très philosophique de Jonas Trueba revêt toute sa pertinence. En résulte un film qui laisse un sentiment incertain mais parfaitement ancré dans la conscience du spectateur.

 

 

Visuels : ©Film Servis Festival Karlovy Vary

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quentin didier

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