Théâtre

La « Dévotion » ambitieuse de Clément Bondu au Festival d’Avignon

La « Dévotion » ambitieuse de Clément Bondu au Festival d’Avignon

05 juillet 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le jeune metteur en scène invite les encore plus jeunes élèves de l’École supérieure d’art dramatique de Paris à porter son texte sur les héros ratés de la mythologie théâtrale. Une belle idée qui malheureusement se déploie mal dans sa réalisation.

Qui sont l’Idiot, Ophélie et Hamlet aujourd’hui pour une troupe en devenir ? Comment les convoquer en 2019 pour leur donner un rôle contemporain ? Dans un questionnement juste et actuel, Clément Bondu interroge, comme Pascal Rambert, l’utilité des mots face à la violence du siècle passé. Là encore, ce sont les XIXe et XXe siècles qui, en vidéos et en icônes, sont convoqués pour tenter de comprendre le XXIe.

Après un prologue harassant, car trop lyrique, sur la fonction du théâtre, le rideau s’ouvre sur un pince-fesses qui tourne mal. Rapidement, sur scène, on assiste à un duel au pistolet, c’est dire ! Les candidats à la mort sont deux poètes, l’un consacré, l’autre raté. Et pendant toute la pièce, dans une allégorie de l’Europe en perte, les personnages, en échec, se confrontent à des héros. L’Idiot dans sa chambre est en miroir avec H, l’adolescent amoureux d’une certaine Ophélie….

Mais là où Rambert pèse chaque syllabe, ici le texte déborde et inonde un peu trop. Il semble dur à porter pour ces comédiens en devenir, qui, mis à mal, se retrouvent à jouer au premier degré. On entend les didascalies sans que ce soit volontaire; chaque indication est perceptible. On les voit jouer, et cela apparaît comme un passage en force.

C’est finalement quand les comédiens s’autorisent de trop rares moments de silence que la beauté nous parvient. La seconde partie de la pièce, plus puissante que la première, est un autre Memento mori où tous les vivants sont des morts. L’esthétique puise chez toutes les idoles. La boue de Macaigne, le bling bling de Thomas Jolly, les espaces de Gosselin. Et cela est normal. Chaque metteur en scène fait avec son héritage. Il faut être fou pour reprocher à Rambert de saluer Chéreau avec un cheval, il le serait tout autant de voir de l’emprunt chez Clément Bondu. Il sait créer des scènes de groupe efficaces, qu’elles soient festives ou totalitaires, sans pour autant apporter un geste nouveau. On regrette l’accumulation des codes : les néons, le kitsch, le nu, le tube rétro ( Tornero du groupe italien I Santo California 1974 ) qui au final, pris en enfilade, ne modernisent pas le propos.

Si la première partie pèche par son ambition de mash-up théâtral où les comédiens d’aujourd’hui s’entrechoquent avec les mythes, la seconde nous réconcilie avec le projet et nous montre que Salomé Benchimol, Claire Bosse-Platière, Mona Chaïbi, Thomas Christin, Baptiste Fèbvre, Antoine Forconi, Alexandre Hamadouche, Fanny Kervarec, Olivia Mabounga, Angie Mercier, Babissiry Ouattara, Joséphine Palmieri, Tom Pezier, Margot Viala, ces jeunes interprètes, sont à surveiller.

Gymnase du lycée Saint-Joseph, jusqu’au 8 juillet. A 15h. Durée : 2h30

Visuel : Dévotion © Christophe Raynaud de Lage

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