Cinema
[Karlovy Vary Film Festival] « Summer with hope » : Le tour de force visuel de Sadaf Foroughi

[Karlovy Vary Film Festival] « Summer with hope » : Le tour de force visuel de Sadaf Foroughi

09 juillet 2022 | PAR quentin didier

Le deuxième long-métrage de la réalisatrice iranienne nous plonge dans la société perse contemporaine où tout est soumis à controverse. A travers une réalisation sublime et particulièrement esthétique, la cinéaste présente le difficile parcours d’un jeune homme dont le rêve est d’intégrer l’équipe nationale de natation. Mais en Iran tout fantasme d’émancipation et d’accomplissement semble actuellement prisonnier de schémas de pensée terriblement archaïques.

A 17 ans Omid consacre pourtant tout son temps à cette passion qui le dévore et par laquelle il s’accomplit. Malheureusement il manque de s’inscrire aux sélections de l’équipe nationale et doit par conséquent concourir à une autre épreuve, en mer cette fois-ci. Il doit donc entamer un nouvel entrainement, et est aidé pour cela par un ami de son club. Mais dans la très conservatrice société iranienne la proximité des deux jeunes hommes commencent à être mal perçue, et très vite Omid se retrouve pris dans l’étau des mœurs conservatrices du pays.

Une mise en scène visuelle à couper le souffle

Pour son deuxième long-métrage après Ava, remarqué lors de la Semaine de la critique du 56ème Festival de Cannes, Sadaf Foroughi s’intéresse à nouveau à la jeunesse iranienne. Le propos social du film est ici de façon surprenante associé à une réalisation très travaillée qui fait la part belle à de magnifiques plans. Les espaces ruraux de la Perse sont ici sublimés par un impressionnant sens du cadrage. La réalisatrice interpelle à nouveau par une proposition visuelle audacieuse et constitutive d’une esthétique singulière qu’on ne peut que saluer. Ainsi l’espoir d’une période meilleure loin de l’obscurantisme actuel semble alors se matérialiser à travers les paysages iranien – nation à l’héritage culturel et civilisationnel extrêmement riche.

Un plafond de verre culturel

Malheureusement dans ce récit de fiction la réalité n’est pas présentée sous un aspect aussi idéal. Très vite le protagoniste doit faire face aux pressions d’une société passéiste où tout est soumis au jugement des bonnes mœurs. De son cadre familial à la vie publique, Omid apparaît en effet de moins en moins libre de ses mouvements. L’une des scènes du film image très bien cela avec de simples grillages et murs que le jeune homme doit franchir pour retrouver Mani, son ami qui l’entraine à la nage en mer et avec qui il commence à nouer des liens. Nous sommes alors en pleine nuit dans la campagne, et l’obscurité prédominante figure la discrétion avec laquelle les individus doivent évoluer – dans la Perse contemporaine la liberté se savoure en cachette.

Omid apprend à ses dépends que tout fini par se savoir, ou plutôt que tout sera soumis à interprétation. Du haut de ses innocentes dix-sept années le jeune homme est déclaré coupable avant même d’être jugé. Le récit prend alors la forme implicitement annoncée d’une tragédie terriblement injuste. Sadaf Foroughi exprime qu’encore aujourd’hui la société iranienne est soumise à un plafond de verre culturel, un plafond de verre que ne semble ainsi pas encore pourvoir franchir la jeunesse du pays en quête de liberté.

 

En compétition pour le prix du Globe de cristal du 56ème Festival de Karlovy Vary

 

Visuel : ©Film Servis Festival Karlovy Vary

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quentin didier

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