Cinema
J-2 Le vent se lève au Lido du cinéma de Venise

J-2 Le vent se lève au Lido du cinéma de Venise

03 septembre 2013 | PAR Celeste Bronzetti

2.9.2013. Le week-end passé, le Lido revient au calme. L’assaut des salles est plus timide, le soleil brille sur la mer calme et l’atmosphère s’apaise. Quelles meilleures conditions pour se dévouer au septième art sans distractions ? Après l’adieu au cinéma de Miyazaki, sa dernière création a le gout nostalgique du départ et on aurait envie de le suivre dans son envol magique dans le ciel du Japon. Mais Toute la Culture reste enfin ancrée au Lido et se laisse tenter aussi par un classique de Renoir, ainsi que par une promesse du cinéma chinois. Une journée intense et un cinéma éclectique.

the wind risesKaze Tachinu (The Wind Rises) et le dernier vol du père de l’animation
« Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! » : c’est autour de ce vers de Valéry (Cimetière Marin) que le dernier film de Hayao Miyazaki s’édifie. Le vent représente une présence permanente tout au long du film : même si on ne le voit pas, comme le protagoniste Jiro nous le dit, on le perçoit à travers les feuilles qui s’envolent, les fils d’herbe qui bougent. Le metteur en scène japonais nous livre un autre trésor de poésie et d’effets visuels bouleversants. C’est l’histoire d’un ingénieur japonais qui rêve depuis son enfance de construire un avion qui puisse lui donner des ailes : comme il est trop myope pour le conduire, il faudra apprendre à le construire. On avait déjà connu, dans ses précédentes créations, la fascination du vol chez les enfants rêveurs de Miyazaki, mais ici l’histoire s’inspire d’un personnage historique et le mélange d’imagination et réalité se fait plus novateur que jamais. Enfant, Jiro rêvait de construire un avion qui fende le ciel dans un monde en paix, adulte, il finit par construire le plus puissant des appareils de guerre employés pendant la deuxième guerre mondiale. Le désenchantement de ce dénouement aurait pu nous apparaître décisif, mais ce n’est finalement pas le cas : la puissance évocatrice du personnage de Jiro ne se résume pas en ce qu’il fait, mais en comment il le fait. Jiro reste attaché à ses rêves et ses sentiments sont purs jusqu’à la fin, quand il voit ses avions s’écraser un par un sur le sol dévasté par la deuxième guerre mondiale. Peu importe, finalement, à quoi ils étaient destinés l y a mis toutes ses forces pour les construire, du début à la fin, comme il mobilise toute son énergie et son dévouement pour sauver la vie de la femme dont il est éperdument amoureux depuis qu’elle était une petite fille. Il l’avait protégée lors d’un affreux tremblement de terre ils s’étaient rencontrés pour la première fois et il reste à son coté jusqu’à la fin. Miyazaki nous délivre enfin une émouvante évocation de l’atmosphère décadente de Der Zauberberg (La montagne magique) de Thomas Mann, comme pour nous suggérer mélancoliquement sa décision de se retirer du cinéma. Il nous semble presque l’entendre raconter sa nouvelle histoire magique et pleine d’une ultime sagesse, du haut d’une montagne enchantée. D’ailleurs, comme Jiro nous le souffle aux oreilles au tout début du film, le fait de regarder les choses de loin guérit la vue.

la bete humaineVenezia Classici : La bête humaine
Le pouvoir des classiques, on nous apprend, est celui de rester toujours très actuels, de nous raconter une vérité sur notre présent, même si, entretemps, les époques se sont succédées. A propos de la Bête Humaine de Jean Renoir, on aurait envie d’ajouter que la force du film est celle de nous parler de quelque chose qui nous concerne avec l’autorité du passé : le dialogue réaliste Renoir-Zola ne peut qu’appartenir au langage engagé des années trente, mais la puissance de ce double regard s’impose encore aujourd’hui de toute sa force. Et les questions résonnent plus urgentes que jamais : est-ce que la bête est la machine ou bien l’être humain? Et la source de cette aliénation, qui ne change que de forme à travers les époques, vient-elle à l’homme de l’extérieur ou de l’intérieur ? La puissance sauvage du train qui déchire le paysage et la personnalité monumentale de Jean Gabin dans le rôle de Jacques Lantier ne sont que quelques-uns parmi les éléments qui nous rappellent l’importance de ce film, un trésor du cinéma mondial. D’ailleurs, le coté sanguinaire du sujet, l’œil fiévreux posé sur les manifestations maladives d’une société paumée semble un leit motif de la soixante-dixième édition de la Mostra de Venise : avec Miss Violence et sa représentation du quotidien incestueux de la Grèce contemporaine, avec les crimes des adolescents américains de Palo Alto, la Bête humaine nous raconte la tristesse humaine, ses pouvoirs tragiques et la normalité inquiétante de tous les délits qui parsèment nos journaux.

settimana criticaShuiyin Jie (Trap Street) et le courage de Vivian Qu
Les journalistes chinois présents à la Mostra de Venise n’ont pas le droit d’écrire sur le film de la jeune Vivian Qu, leur compatriote, parce que le film n’a pas encore passé l’examen de la censure chinoise. Mais la jeune cinéaste n’a pas l’air de se décourager : elle semble bien déterminée à continuer à dénoncer la violation des droits de l’homme dans son pays, la Chine, avec un petit groupe de metteurs en scène indépendants qui produisent leurs films grâce à des donations de la part de quelques amis ou parents. Trap Street fait partie de la sélection de la Semaine de la critique du Festival, qui propose des regards nouveaux du cinéma mondial. Le film se base sur des faits réels qui concernent toute la population chinoise, dont la vie privée est constamment sous le contrôle des services secrets d’état. C’est l’histoire de Li Quiming, jeune apprenti d’une boite qui s’occupe de la cartographie digitale de la ville : pour essayer de retrouver une jeune femme rencontrée dans la rue pendant des levés topographiques, il se retrouve suspecté de complot politique par les services secrets. Ces derniers commencent à contrôler sa vie privée sans qu’il s’en aperçoive, jusqu’au moment où ils l’enlèvent et le soumettent à un interrogatoire épuisant et prolongé. Innocent, le garçon tient le coup et ne cède pas aux manipulations psychologiques, mais sa vie privée est définitivement contaminée par l’obsession du contrôle et la folie du soupçon : une fois délié, il est incapable de s’emparer à nouveau de sa vie et il s’aperçoit avoir définitivement perdu toute liberté. Un film angoissant à l’allure sèche et sombre mais qui nous donne une photographie humaine d’un réalisme bouleversant.

Le vent se lève!… Il faut tenter de vivre”, un verso di Valéry che vogliamo fare nostro oggi a Venezia. A ricordarcene il suo potere musicale ci pensa Miyazaki e il suo Kaze Tachinu (The wind rises), che dopo aver annunciato a Venezia il suo ritiro dal cinema, ci consegna l’ultimo volo su montagne incantate e per cieli in guerra. Sentiamo l’eco nostalgico di una creatività che, pur essendo ancora poeticissima, sente di stare per spegnersi. Il sogno di Jiro è quello di volare e ci riuscirà, soprattutto nei suoi sogni però; perché nella realtà sono gli aerei militari che progetta a volare. La donna che ama lo aspetta in cima a una montagna magica, dove potrà raggiungerla una volta che avrà compiuto il suo destino. Ma a Venezia ci sono anche i classici e oggi ci lasciamo attirare da un Renoir d’annata, La Bête humaine, tratto dal romanzo di Zola: un viaggio a bordo di una locomotiva rabbiosa e fumante che ci ricorda il potere dei classici e la loro eterna forza sul nostro presente. Per finire, Shuiyin Jie (Trap Street), un coraggioso ritratto della Cina ai nostri giorni, in cui la vita privata degli uomini è costantemente monitorata dai servizi segreti. Vivian Qu ci racconta una storia comune, di un ragazzo che finisce nella lista nera della polizia di stato per aver inseguito una ragazza a aver cercato di avvicinarla. Sospettato di complotto, la sua vita sarà deformata dall’ossessione del controllo.

 

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