Cinema

Gaëlle Rodeville, déléguée générale du Festival International du Film d’Aubagne, nous parle de la programmation des 20 ans!

Gaëlle Rodeville, déléguée générale du Festival International du Film d’Aubagne, nous parle de la programmation des 20 ans!

09 mars 2019 | PAR Yaël Hirsch

Du 18 au 23 mars, le Festival International du Film d’Aubagne célèbre ses 20 ans. Dédié à la musique de films, ce moment incontournable pour les cinéphiles comme les mélomanes est un lieu de rencontre et de partage. A la veille de cette édition anniversaire, la déléguée générale, Gaëlle Rodeville, nous parle de la programmation.

 

Pour célébrer les 20 ans, les deux compositeurs à l’honneur Trevor Jones et Patrick Doyle sont des monstres sacrés à l’international. La réputation du festival dépasse-t-elle désormais les frontières de la France ?

Le festival est depuis plusieurs années reconnu à l’international, mais il est vrai que les compositeurs prestigieux qui viennent, année après année, à Aubagne permettent à la manifestation de gagner en notoriété. À titre d’exemple, la venue l’an dernier de Gabriel Yared a eu un vrai impact pour la manifestation… Tous les compositeurs de musique de film français développant une carrière aux États Unis sont passés entre ses mains… et les compositeurs internationaux le savent ! A l’occasion des vingt ans du festival, le soutien renforcé de la SACEM nous a également permis de réunir un nombre important de compositeurs pour cette édition anniversaire.

Comment avez-vous choisi les réalisateurs d’honneur Catherine Corsini et Felix Van Groeningen ?

La musique semble à première vue plus au premier plan dans les films de Groeningen … Felix Van Groningen et Catherine Corsini attachent tous les deux un intérêt particulier à la musique originale dans leurs œuvres cinématographiques. Catherine Corsini en est à sa quatrième collaboration avec le compositeur Grégoire Hetzel. Ce dernier a d’ailleurs été nommé aux César pour la Meilleure Musique Originale avec « Un amour impossible » que nous présenterons le 22 mars. C’est donc tout naturellement que nous avons pensé à inviter cette réalisatrice fidèle à son compositeur, car nous souhaitions cette année revenir sur les personnalités qui ont marqué le festival, et Grégoire Hetzel en fait partie puisqu’il a reçu le Prix de la Musique Originale du festival pour un court métrage en 2003. Quant à Felix Van Groeningen, dans tous ses films la relation musique et image est remarquable, et particulièrement dans Belgica, où la musique est même un personnage à part entière. Felix est allé jusqu’à créer de toutes pièces les groupes qui jouent « live » dans le film ; un travail de titan, impliquant composition, casting des musiciens et répétitions ! La bande originale est époustouflante. Pour My Beautiful boy, son premier film américain que nous présentons le 23 mars, la musique, sans être au cœur de sa mise en scène, reste un ressort narratif pour illustrer les liens entre le père et le fils.

Pouvez vous nous parler des Accords en duo ? et de Ostinato ?

Pour les 20 ans, nous avons créé deux nouveaux programmes. Le premier, « Accords en duos », a pour objectif de mettre en lumière des couples fidèles de compositeurs et cinéastes. Toujours en adéquation avec la politique artistique de cette édition anniversaire, nous avons souhaité inviter des compositeurs ayant déjà un lien avec le festival. Nous recevrons donc, avec le réalisateur de film d’animation Tomm Moore, le compositeur Bruno Coulais, qui a dirigé avec le compositeur Gilles Alonzo, la Master master Class de composition musicale pour l’image en 2016. Tomm Moore a fait deux longs métrages dont les partitions musicales sont signées par Bruno Coulais, et ils travaillent actuellement ensemble sur leur troisième réalisation. Nous accueillerons également avec le réalisateur Denis Dercourt, Jérôme Lemonnier, son compositeur attitré qui a dirigé en 2017 la Master Class de composition musicale pour l’image du festival. Parmi leurs six collaborations, ils ont choisi de présenter La tourneuse de pages, leur première réalisation, en 2006. En 2013, le couple réalisateur/compositeur Islandais Benedick Erlingsson et David Thor Jonsson a reçu le grand prix de la meilleure musique originale du festival pour le long métrage Des chevaux et des hommes. Au dernier festival de Cannes, nous sommes tombés sous le charme de leur dernier film Woman at War. Ce nouveau programme était une belle occasion de les réinviter à Aubagne ! Ostinatos, ils repasseront par là, est un programme qui présente des longs métrages dont la musique originale est signée par des compositeurs qui ont bénéficié des différents dispositifs d’aide à la création qu’offre le festival (Master Class, marché européen de la composition musicale pour l’image…).

Cela nous donne l’occasion de faire écho publiquement du bilan des différents dispositifs de création que nous avons mis en place depuis la création du Festival ! Nous avons ainsi le bonheur d’avoir en ouverture le film « Girl » (Caméra d’Or à Cannes cette année) qui est un exemple parfait des différents espaces de mise en relation du festival. Le compositeur de Girl, Valentin Hadjadj, a participé à la Master Class dirigée par le compositeur et arrangeur Charles Papasoff (2011) et a bénéficié en 2013, avec le réalisateur Lukas Dhont, d’une résidence musicale et d’écriture. Valentin a travaillé avec Lukas Dhont sur ses 3 premiers courts métrages, puis sur son premier long métrage dont on connait le succès. Le talentueux compositeur Romain Trouillet est également un parfait exemple des différents dispositifs que permet le festival : ses premières collaborations avec des cinéastes sont nées à Aubagne. Il a bénéficié de la Master Class dirigé par le compositeur, musicien et orchestrateur Pierre Adenot (2012) et du dispositif d’aide à la création. Il a rencontre Alexis Michalik en 2013, à l’occasion du Marché de la composition musicale pour l’image… et a commencé à collaborer avec lui pour ses pièces de théâtre, dont Edmond, qu’ils ont ensuite adapté ensemble au cinéma. Les compositeurs Rémi Boubal et Erwann Chandon ont tous deux bénéficié des Master Classes et du dispositif d’aide à la création. Rémi Boubal a suivi la Master Class du compositeur Cyrille Aufort (2010). Il présentera au festival le documentaire de Margarita Cadenas, Woman of the Venezuelan Chaos dont il a signé la musique en 2017.

Erwann Chandon a suivi la Master Class de Selma Mutal (2013). Après avoir composé pour de nombreux court-métrage, il signe la musique de son premier long métrage, Une année polaire de Samuel Collardey (en sélection officielle au festival Sundance 2018) qu’il présentera aux festivaliers du FIFA 2019.

Vous mettez 3 compositrices à l’honneur, c’est nouveau ?

En fait, il est difficile d’avoir la parité dans les milieux artistiques, et les femmes sont, encore aujourd’hui, très minoritaires dans le secteur de la création musicale… En 2018, la Sacem comptait parmi ses membres 17% de femmes auteures et compositrices. À Aubagne, lors des 19 dernières éditions, nous avons accueilli 95 % de ces compositrices. Pour son 20e anniversaire, le Festival a souhaité les mettre à l’honneur lors de la Leçon de Musique, et a décidé de donner la parole à trois compositrices de talent, Selma Mutal, Florencia Di Concilio et Julie Roué, afin de mieux percevoir la vision des femmes sur le monde de la composition musicale pour le cinéma. Cette leçon de musique sera construite à partir du regard de la réalisatrice Pascale Cuenot qui réalise depuis dix ans des portraits de compositeurs prestigieux de musique de film, Bandes Originales (tous des hommes), et qui présentera cette année un documentaire inédit constitué d’extraits de l’ensemble de ses documentaires, « Bandes originales – Edition spéciale 10 ans ». Il sera d’autant plus intéressant de la faire dialoguer avec des femmes !

Et comment sera le grand concert des 20 ans ?

Nous voulions créer un évènement live : un concert évènement. Pour ses 20 ans, le Festival offre un concert qui célèbre la Musique de film avec un grand M qui met en lumière à la fois les compositeurs de musique de film les plus célèbres et les compositeurs qui ont dirigé les Master Classes du Festival, interprété par les musiciens de la Camerata du Rhône. Il est constitué en 2 parties. La première partie (45’) honorera les plus grands compositeurs de musique de film, de De Saint-Saens à Jerry Goldsmith en passant par John Williams, Georges Delerue, Francis Lai, ou encore Michel Legrand… La seconde (45’) honorera les compositeurs qui ont dirigé les Master Classes du festival. Il s’agit de Raphaël Imbert, Cyrille Aufort, Charles Papasoff, Pierre Adenot, Bruno Coulais, Gilles Alonzo, Selma Mutal, Jérôme Lemonnier, Jean Michel Bernard, Marc Marder, Stephan Oliva. Pour cela nous avons demandé à chacun d’entre eux d’écrire deux minute pour ce concert. Ils ont tous joué le jeu et seront tous présents ! Est-ce un entrainement spécial pour apprendre à apprécier la musique d’un film ? Je ne pense pas : la musique est un art universel, et c’est aussi valable pour celle composée pour l’image. Il est loin le temps du « papier peint » pour le film, comme le disait Igor Stravinski ! Les réalisateurs et les producteurs sont conscients de son importance, notamment de l’émotion qu’elle peut susciter chez le spectateur. Mais ce dernier n’en est peut-être pas toujours conscient ?

 

Comment faites vous pour créer cette ambiance si géniale et si chaleureuse chaque année au festival ? 

Je pense que c’est un état d’esprit mais beaucoup de festival sont chaleureux. Le festival a été conçu comme un espace de partage… et toutes l’équipe du festival fait en sorte qu’il le reste malgré son développement. Mais l’ambiance du festival ne dépends pas uniquement de ceux qui l’organisent… Les invités que nous recevons y sont aussi pour beaucoup, et nous tentons à chaque édition de nous rapprocher de personnalités qui partagent les mêmes valeurs que nous ! L’équipe du Festival tient à ce que le festival soit une semaine de mise en relation, d’échange et qu’il apporte quelques étincelles de bonheur à chacun des participants. Merci ! Et très heureuse et impatiente de revenir au festival cette année !

visuel : affiche du Festival 

Kamasi Washington, le zen dans l’art chevaleresque du jazz
« Back side, Dos à la mode », un nouveau regard pour voir la mode en face
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *