Cinema
La musique de film célébrée à la Maison de la Radio

La musique de film célébrée à la Maison de la Radio

20 mars 2022 | PAR Yohan Haddad

Après une première date en 2019, la Maison de la Radio consacre un second concert à la musique de film, d’après un choix réalisé par le regretté Bertrand Tavernier, mettant l’accent sur un cinéma français d’époque se situant entre le début des années 1930 et le début des années 1960.

Genèse d’un projet extraordinaire

Demy, Carné, de Broca… sont des noms familiers dans le paysage du cinéma français. Ce sont les auteurs de grands films populaires comme Lola, Cartouche ou encore le Quai des Brumes. Pourtant, il y a derrière la création de ces films de grands compositeurs, qui sont peu mis en valeur dans la grande histoire du cinéma français. Derrière ces chefs d’œuvres, se cachent des compositeurs importants, à l’image d’un Michel Legrand, d’un Philippe Sarde ou d’un Maurice Jaubert.

Avec son Voyage à travers le cinéma français, grande anthologie déclinée sous forme cinématographique et sérielle, Bertrand Tavernier s’est toujours attardé sur la musique de ces films. Il y disait d’ailleurs que la musique est celle « qui comprend le cinéma de manière très intime, très forte, qui comprend ce que c’est que la mise en scène. » Tavernier était un grand réalisateur, mais aussi un  grand passeur de culture cinématographique, qui s’est toujours attaché à mettre en valeur les thèmes musicaux de ces grands films, idée peu exploitée dans l’histoire du cinéma français, à l’inverse d’une histoire du cinéma américaine.

C’est en fin 2018 que Tavernier propose donc à Radio France de remettre au devant de la scène ces musiques de films. Un grand travail de restauration musicale commence alors. La tâche se révèle pourtant ardue, la plupart des partitions originales ayant disparues au fil du temps. Le travail de restauration terminé, un premier concert s’organise alors en 2019 à l’auditorium de la Maison de la Radio, en présence de Bertrand Tavernier lui-même. La situation sanitaire a malheureusement retardé la seconde partie de ce concert, voyant Bertrand Tavernier partir avant de voir l’achèvement de ce travail titanesque.

Voyage à travers la musique du cinéma français

Au cœur de l’auditorium de la Maison de la Radio, un orchestre se tient prêt, et pas n’importe lequel. Sous la direction du fascinant Philippe Béran, qui avait également dirigé le premier concert, l’Orchestre National de France épate une nouvelle fois. Au cours de ce concert, tous les instruments sont mis en valeur, à un moment ou un autre, au sein de cette grande partition.

Les lumières s’éteignent alors, et la première composition retentit : le générique du Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy, composé par Georges Auric, provoque un frisson indescriptible, appuyant avec force le drame d’Esmeralda et de Quasimodo en haut de la cathédrale, résonnant dans les esprits même sans vision nette du film.

Durant une heure et demie, s’ensuit alors une série de partitions sublimes, mettant en avant des musiques de films oubliés (Les Cinq Gentlemen Maudits de Julien Duvivier, La Maison du Maltais de Pierre Chenal), comme célébrés (Lola de Jacques Demy, Cartouche de Philippe de Broca). Tavernier avait pour habitude de célébrer toutes les époques, sans mépris quelconque. Ce concert en est le manifeste concret, le réalisme poétique des années 1930 côtoyant aussi bien le début de la Nouvelle Vague que le film de cape et d’épées.

Le concert se clôt sur les deux partitions préférées de Bertrand Tavernier. Le premier est le thème principal du sublime La Vérité sur Bébé Donge d’Henri Decoin, avec Jean Gabin et Danielle Darrieux en têtes d’affiche. Un solo d’orgue vient habiter cette pièce dramatique, traduisant la détresse qui unit cette femme et ce mari qu’elle finit par empoisonner.

La dernière pièce de la soirée peut alors retentir. Elle est issue de la scène de la tempête du Remorques de Jean Grémillon, film largement mis en valeur par Tavernier dans son Voyage à travers le cinéma français. Pour traduire la pluie et le vent, un dispositif jouant sur les percussions se met en place, plaçant le spectateur au cœur même de la tempête.

Si Bertrand Tavernier n’est plus présent pour voir l’une de ses plus importantes créations, Philippe Béran et l’Orchestre National de France lui rendent un hommage bouleversant à travers ce concert. Son héritage et son savoir resteront éternellement importants dans l’histoire du cinéma.

Visuel : © Dyod Photography

« Où donc est le bonheur ? » de Marianne Chaillan : Reprenons les bases
Trois questions à Aurélie Saada et Arnaud Valois, membres du jury au Festival Pluriel.les 2022
Yohan Haddad

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture