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[Interview] de Bertrand Tavernier, « Voyage à travers le cinéma français »

[Interview] de Bertrand Tavernier, « Voyage à travers le cinéma français »

27 octobre 2016 | PAR Gregory Marouze

Toute la Culture a interviewé Bertrand Tavernier à l’occasion de la sortie de son documentaire Voyage à travers le cinéma français. Avec sa verve légendaire, son érudition, sa culture cinématographique phénoménale, Tavernier nous a parlé de ce film où il revisite – avec un regard subjectif assumé – l’Histoire du cinéma français ! Nous avons également découvert que le cinéaste a bataillé ferme pour que ce film, aux nombreux extraits, existe…

Toute La Culture : Vous avez rencontré certaines difficultés pour financer Voyage à travers le cinéma français. Est-ce que le manque d’intérêt des financeurs et décideurs est dû aussi au fait que la cinéphilie se porte mal ?

Bertrand Tavernier : Attendez, que ces gens peut-être n’aient plus de culture mais la cinéphilie… Je ne sais pas, vous regardez les gens qui écrivent sur mon blog : j’ai des masses de gens qui ont une connaissance, une passion… Vous avez vu les chiffres de certains films qui sont réputés difficiles dans les salles de cinéma en France ? Attendez on ne peut pas dire que ça se porte mal ! Quand vous voyez des films très exigeants faire ce nombre de spectateurs, quand vous voyez quand même qu’il y a des éditions DVD qui présentent des films que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde, je ne suis pas d’accord ! La cinéphilie a changé, elle s’est modifiée, mais il y a dix fois plus de cinémas qui passent des films de répertoire de patrimoine en France qu’aux États-Unis par exemple.

Ce sont les institutions qui ont tout d’un coup décidé que les gens ne veulent plus voir de films en noir et blanc. Je ne peux pas dire que la cinéphilie se porte mal quand moi je suis président d’un festival où on fait 120 000 entrées en une semaine sur des films en noir et blanc où j’arrive à 9h du matin pour Hôtel du Nord par exemple dans une salle archi-comble. Des films qui ne sont quand même pas très célèbres aussi. Pour les trois films que j’avais choisis d’Edward L. Cahn, la salle était pratiquement comble. Les films de Dorothy Arzner ont fait salle comble et ce sont des films qui n’ont pour la plupart jamais été montrés en France, qui ne sont pas connus, qui n’existent pas en DVD ! Même si Ciné+ en a diffusé quelques uns, il y en a deux ou trois comme Anybody’s Woman ou Craig’s Wife qu’on n’avait jamais vus et qui sont sans doute parmi les meilleurs. Je ne ferai pas ce constat, je dis qu’on ne fait rien pour l’activer. Les gens de Arte me disent qu’ils font des chiffres tout à fait intéressants sur ce genre de films. Olivier Père (ndr : directeur du cinéma sur Arte) et Véronique Cayla (ndr : présidente d’Arte) programment ces films et ont un score vraiment intéressant sur certains d’entre eux. En même temps il ne faut pas non plus faire des chiffres sans prendre en contre ce qu’il y avait entre, quels étaient les programmes qui étaient contre, les choses comme ça… Mais par exemple je crois qu’il y a eu un très très bon score sur le Pagnol.

Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui capitulent trop vite. C’était mon grand sujet de discussion avec Delphine Ernotte (ndr : présidente de France Télévisions) quand je lui avais téléphoné parce qu’elle voulait supprimer le Ciné-Club de France 2 de Patrick Brion parce qu’il n’y avait que 60 000 spectateurs. Je lui ai dit : « Mais à 1h30 du matin ces spectateurs vous devriez les décorer ! C’est parce que vous ne savez pas vendre votre émission. » Comment expliquez-vous que nous on arrive en une semaine à en faire déjà 120 000 ? Vous ne savez pas aller les chercher. Au Festival Lumière on amène une passion pour faire passer le message. S’il n’y a aucune passion dans une chaîne par rapport au cinéma eh bien le cinéma il crève. D’autant plus que le Cinéma de Minuit ne passe plus à minuit, il passe à 1h15 du matin ! Mais la passion elle y était, il suffit d’entendre Vincent Lindon parler d’Arletty et de Carné pour se dire qu’il y avait des gens qui savent la transmettre cette passion.

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Toute La Culture : Ce qui est très émouvant dans votre film, c’est qu’on découvre l’enfant cinéphile que vous avez été, le cinéphile que vous êtes devenu. C’est quelque chose de très touchant qui a presque un effet miroir et immersif pour les spectateurs.

Bertrand Tavernier : C’est vrai que j’ai été cinéphile mais en même temps je ne me reconnais pas dans beaucoup de comportements de certains cinéphiles. Mon film n’est pas un film de cinéphile. Ce n’est pas un film de guide de musée, ni de cinéphile, ni de critique, ni d’historien de cinéma parce que je ne suis rien de tout ça. C’est un film de cinéaste qui entend essayer de remercier des gens qui l’ont marqué à vie et qui l’ont peut-être aidé à faire ce métier.

Je ne me reconnais pas complètement parce qu’il y a quelque chose quelquefois chez les cinéphiles de passion exclusive, des gens qui ne sont attachés qu’à un genre systématiquement ou qu’à une forme de cinéma ou qu’à une nationalité ou qu’au cinéma passé. Nous, on n’était pas comme ça. Parmi les gens qui venaient du Nickel Odéon (ndlr : ciné-club fondé par Tavernier et ses amis Yves Martin et Bernard Martinand) il y avait Yves Martin qui était un poète et on passait souvent des journées à faire les librairies, les bouquinistes. Il me faisait découvrir des tas d’écrivains et on parlait de ça autant que de cinéma. On parlait de Hugues Rebell, Les nuis chaudes du Cap Français qu’il m’a fait lire, d’écrivains comme Remy de Gourmont ou Gilbert de Voisins. On allait acheter des auteurs qui étaient rares. J’ai découvert grâce à eux la trilogie de Julien Blanc, ces romans anarchistes – Confusion des peinesJoyeux, fais ton fourbiLe Temps des hommes – qui sont des livres extraordinaires sur l’anarchisme dans les années 30 jusqu’au moment de la guerre d’Espagne et une description des bataillons pénitentiaires qui est aussi bien que le livre de Darien. On découvrait, on se nourrissait de choses comme ça.

Alors moi, en plus, j’étais intéressé par le théâtre et la musique. J’allais énormément au théâtre et mes parents m’ayant inscrit aux JMF, j’allais écouter des tas de concerts y compris Miles Davis présenté par Bernard Gavoty, ce qui est des moments assez rares, parce qu’il n’y a pas deux choses plus antithétiques que Miles Davis et Bernard Gavoty. Donc cinéphile, mais en même temps cinéphile qui s’intéresse à la vie. Si on va chercher ce film, Octobre à Paris, à un moment c’est parce qu’on s’intéresse à la politique, c’est parce qu’on s’intéresse à l’histoire de la guerre d’Algérie. La Question d’Henri Alleg, tout ça, on est au courant. Je connais des cinéphiles qui sont coupés complètement de la réalité du pays. Moi je n’ai jamais été comme ça.

Toute La Culture : Je parlais de votre émotion à la découverte par exemple d’un film de Jacques Becker.

Bertrand Tavernier : Oui mais c’est une émotion de spectateur. C’est une émotion peut-être de quelqu’un qui aime le cinéma mais en même temps qui ne va pas en faire une fiche. C’est une émotion qui me renvoie à certains grands romans français du XIXe. Il y a une force romanesque dans le Casque d’or, en même temps qu’il y a une force cinématographique, qui témoigne aussi de quelque chose d’extraordinairement français.

Toute La Culture : Dans votre travail de préparation, avez-vous redécouvert des films ou découvert des films que vous ne connaissiez pas ?

Bertrand Tavernier : Oui bien sûr ! J’ai découvert des films que je ne connaissais pas ou que j’avais sinon oublié. La Tête d’un homme de Duvivier je l’avais mal vu et quand je l’ai revu je me suis dit : « C’est un des Duvivier majeurs ! ». Des films que j’avais souvent aussi vus dans des copies 16 mm terribles. Tout d’un coup vous les redécouvrez dans une copie totalement restaurée et là, le film change complètement. Et puis il y a des cinéastes que j’ai redécouverts complètement et j’en ai découvert certains. Alors je voudrais mettre un bout des cinéastes oubliés.

Un exemple : les comédies musicales qu’écrit et réalise Jean Boyer dans les années 30, il y en a plusieurs qui sont absolument formidables. Prends la route ! par exemple est un vrai chef-d’œuvre du genre. C’est un film dont il fait le scénario, les dialogues, les paroles des chansons, avec les musiques merveilleuses de Georges Van Parys. Les gens chantent dans les bureaux, dans la rue, dans les appartements absolument comme dans un film, ce n’est pas une adaptation d’une pièce de théâtre et il y a une vraie liberté de ton. Un Mauvais Garçon c’est la même chose et d’ailleurs passez les deux versions de la chanson Un Mauvais Garçon, la première par Henri Garat, la seconde par Darrieux, c’est un moment de bonheur absolument extraordinaire comment Darrieux s’empare de la chanson et ce qu’elle en fait. Oui j’ai découvert des cinéastes comme ça, auxquels je ne pensais pas. J’ai redécouvert René Clair, les films comme Sous les toits de Paris et Quatorze Juillet qui sont des réussites absolument épatantes avec un vrai charme. C’était des films que, quand j’étais cinéphile, je méprisais. On méprisait beaucoup Clair. Outre que ça a été quelqu’un, je pense, de moralement et politiquement extrêmement digne et formidable, je trouve qu’il y a un certain nombre de films, notamment dans la période des années 30 – et puis quand même Le Silence est d’or aussi – qui sont très très bons. Mais vraiment Sous les toits de ParisÀ nous la Liberté et Le Million sont des films qui sont brillantissimes.

Maurice de Canonge: jamais quand j’ai commencé à faire ce film je me disais que j’allais mettre un jour un extrait d’un film de Maurice de Canonge ! J’avais gardé un assez bon souvenir de Mission spéciale mais qui est impossible à revoir. Paul Vecchiali dit que c’est supérieur à L’armée des ombres, là il faut vérifier… Parce que je ne vois pas comment on peut comparer un film d’espionnage sur la guerre de 14 avec un film de la Résistance de la Seconde Guerre mondiale. Les enjeux ne sont pas les mêmes. Les enjeux avec le nazisme, la Résistance, le gaullisme… Mais Police judiciaire par exemple, son dernier film, est un très très bon film. J’ai eu des discussion là-dessus avec mon ami Jean-Marc Berlière, qui est l’historien n°1 de la police française, à qui je l’ai fait voir et qui a dit : « Mais avec Quai des Orfèvres c’est le meilleur film qu’on ait fait sur le 36 ! Et le plus juste, qui contient un nombre de détails formidables. » Donc tout de suite j’ai envie de mettre ce film, qui normalement n’est jamais cité nulle part. Alors voilà il y a des cinéastes comme ça, des cinéastes que j’ai découverts ou redécouverts avec bonheur. Certains films d’Henri Calef par exemple. Jericho est une vraie vraie découverte et c’est un film qui reste, après avoir été un énorme succès, maintenant méconnu. Pourtant, c’est un des plus beaux films faits sur la Résistance. Ça s’est passé dans le Nord, ça s’est passé à Arras, c’est le bombardement de la prison d’Arras, Jericho.

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Toute La Culture : Ce qui est passionnant dans Voyage à travers le cinéma français c’est qu’on découvre ou redécouvre des cinéastes. Vous réhabilitez des auteurs qu’on avait oubliés ou méprisés, vous remettez certains événements et certains cinéastes dans leur contexte. Claude Sautet aujourd’hui ça a l’air assez évident, on parle de lui comme si on avait toujours considéré qu’il est un grand cinéaste. Or vous montrez à quel point il fut méprisé…

Bertrand Tavernier : Il a été méprisé. Cependant, je ne veux pas nous jeter des fleurs mais quand on était attachés de presses il n’était pas méprisé. Les Choses de la VieMax et les ferrailleursCésar et Rosalie ont un dossier de presse énorme. C’est venu après, vers la fin des années 70, les années 80. D’ailleurs Michel Ciment faisait remarquer que c’était tout à fait cocasse que tout d’un coup Le Monde récemment, l’un des rédacteurs du Monde disait : « Sautet est un cinéaste qui a toujours totalement été ignoré » et Michel Ciment dit : « D’abord il faudrait qu’il commence par lire son journal » parce que Jean de Baroncelli par exemple, le critique du Monde, avait écrit des articles hyper élogieux sur au moins les cinq ou six premiers films de Sautet. Après je crois qu’il a disparu, il est mort, mais sur Les Choses de la Vie, le papier de Baroncelli était inouï, et sur Max et les ferrailleurs aussi, sur César et Rosalie, sur tous ces films. Ces gens là ne lisent pas leur propre journal, c’est ça qui est formidable.

Toute La Culture : Mais alors qu’est-ce qui se passe pour Sautet ?

Bertrand Tavernier : Il y a eu ce qu’il explique je pense : un clan qui s’est déchaîné contre lui, qui a joué, qui a impressionné d’autres critiques. Mais Bory le défendait, Billard le défendait, Danièle Heymann le défendait… Il avait beaucoup de défenseurs. En fait les films de Sautet ont quand même été assez bien défendus mais c’est vrai que les attaques qui ont prévalu sont des attaques qui le peignait de manière radicalement fausse, comme un cinéaste bourgeois. Ce qui le blessait beaucoup parce que lui-même ce n’était pas ses origines, il était vraiment d’origine tout à fait populaire, et ses films se passent dans la banlieue et ont très souvent des personnages populaires. C’est le corpus de films où on voit le plus de petites PME commencer à fermer et le chômage qui commence à gangrener la France, il y a une vision quand même très forte de ces capacités de travail. Pour moi Sautet c’est le cinéaste qui est vraiment l’héritier de Becker. Et regardez beaucoup de films de Becker étaient mal reçus, son fils me le rappelait. Casque d’or a été très mal reçu par l’ensemble de la critique et notamment par la critique communiste qui disait : « Pourquoi s’intéresser à des apaches et à des prostituées quand – en gros – des boulangers et des maçons feraient des personnages et des héros bien plus représentatifs des classes populaires ? » Même chose pour le Grisbi : la presse communiste de l’époque, bien que Becker soit compagnon de route du Parti communiste de l’époque, fait la fine bouche sur le film. D’une certaine manière, Becker reste un cinéaste qui reste méconnu par rapport à son génie. Il n’y a pas de livres sur Becker, à part un livre pas mal, un peu universitaire, mais il n’y a pas de grandes études comme les livres qu’on a publié sur Hitchcock, sur Hawks, sur John Ford ou comme le Renoir de Mérigeau qui est une merveille. Et il y a peu de choses sur Clément, il n’y a rien sur Autant-Lara et il y a très peu sur Duvivier – deux ouvrages à la BNF -. Mais un livre vraiment compréhensif qui rentre dans les archives, qui permettent de dépasser les étiquettes, il n’y en a pas vraiment.

Et pour Decoin il n’y a rien à part celui de son fils qui a écrit un beau livre dont je me suis bien servi pour ce que j’ai fait sur lui, notamment sur son enfance. Parce que c’est l’homme qui a eu sans doute l’une des enfances les plus terribles, digne de Dickens et encore même plus dramatique. Il a eu une carrière sportive hallucinante, totalisant un nombre de records en natation incroyables, il bat tous les records de France, du 800 m, du 200 m et il est capitaine de l’équipe olympique de waterpolo. Il a une carrière militaire où il est dans les tranchées, dans les zouaves, où il a des décorations, deux citations avec palme pour faits de bravoure, qui ensuite s’engage dans l’aviation où il a onze victoires homologuées. Il y côtoie tous les pilotes dont il parlera dans Grand Balcon. Mais il ne dira jamais un mot de cette vie. Jamais dans les quelques interviews où on le voit il ne dira un mot ni de son enfance ni de la partie très héroïque de sa vie. Pour moi sa clef est là, c’est ce silence. Les cinéastes américains, chaque fois, ont publicisé quant ils avaient vécu ça, quant ils étaient dans l’aviation ils l’ont tous dit. De Hawks à Wellman il l’on dit et redit. Là, rien, pas un mot, même à l’époque du Grand Balcon il ne dit pas : « Attendez, moi je peux parler de ce sujet puisque j’ai volé avec ces gens, je leur ai parlé, on s’est battus ensembles ». C’est quand même inouï, c’est un des cas les plus étonnants. Son fils nous dit qu’il estimait qu’on ne devait pas se vanter. Que c’était de la gloriole, qu’une fois qu’on avait fait quelque chose, il ne fallait pas se vanter. À ce moment là, vous montez deux ou trois moments de ses films qui disent ça : la scène formidable du Grand Balcon où Fresnay explique à Georges Marchal qu’il n’est qu’un pilote de cirque, d’acrobaties, de trucs inutiles, que ce n’est que de la gloriole et que ce dernier dit : « – Et maintenant vous me renvoyez ? – Non, non qui a dit que je vous renvoyais ? Vous allez à l’atelier. – Mais je suis pilote, pas ouvrier ! » et Fresnay dit : « Ici tout le monde est ouvrier. Et tous les ouvriers se valent. » Je pense que c’est le credo de Decoin et je trouve ça formidable.

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Toute La Culture : Quelle place occupe pour vous, dans votre cœur, votre vie artistique, Voyage à Travers le cinéma français ?

Bertrand Tavernier : C’est une œuvre hyper importante, j’y ai mis beaucoup de moi-même donc c’est devenu quelque chose de capital. Je savais qu’il y avait quelque chose qui était important dans ce film et puis il est devenu plus essentiel. Maintenant ça me permet de parler de plein de choses que les gens ignorent. On avait pu écrire dans certaines revues à l’époque de Laissez-passer que c’était un acte de vengeance contre la Nouvelle Vague… Je parlais de trucs qui se passaient en 42, les types n’étaient pas nés, les gens de la Nouvelle Vague ! Alors je me serais gouré dans l’espace-temps si ça avait été une vengeance. J’avais répondu : « Mais non, mais non. Écoutez dans le moment où Devaivre et sa femme protège tous les bébés dans une pouponnière c’est tous les cinéastes de la nouvelle vague qui sont protégés, qu’ils recouvrent de couvertures pour qu’ils ne soient pas blessés. En fait ils ont sauvé tout le monde, Truffaut, Rivette, Agnès Varda dans ces berceaux pendant que ça explosait. »

Mais ça veut dire que les gens ne savaient absolument pas certaines choses donc c’est une occasion de le rappeler (…). C’était une occasion de parler de choses qui m’étaient très intimes et enfin je pouvais témoigner de gratitude envers des gens que j’ai adoré, qui vont de Becker à Sautet en passant par Renoir, en passant par des gens que j’ai quand même hyper bien connus : Jean Sacha c’est quand même quelqu’un avec qui j’ai dû dîner à peu près quatre-vingts fois, on se voyait presque une fois par semaine avec Jean. Et Edmond T. Gréville pareil. C’est un prolongement par rapport à Laissez-passer qui est d’une certaine manière un hommage à ces gens là, à la dignité, au courage de beaucoup de cinéastes français à l’époque de l’occupation, qui ont été relativement dignes. Il y a beaucoup beaucoup de motivations pour un film comme ça, c’est vraiment devenu un projet.

Et le bonheur qu’on pouvait avoir à le faire… Quand je voyais l’enthousiasme qui était provoqué chez le merveilleux monteur Guy Lecorne, avec qui j’avais déjà travaillé sur Quai d’Orsay, et son assistante quand tout d’un coup je leur faisais découvrir des films dont ils devenaient fous. Guy Lecorne, Les amoureux sont seuls au monde, il m’a dit que c’est un des grands chocs de sa vie. Même récemment, Le Monte-Charge de Marcel Bluwal ça a été une révélation et c’est un bonheur quand dans une salle de montage il y a des gens qui témoignent de leur enthousiasme face aux découvertes de tous ces films, d’avoir envie de monter des séquences, d’avoir envie de montrer en quoi c’est excitant. C’est devenu quelque chose qui nous habitait, on était habité par ça et ce sera difficile d’en sortir.

Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier

Musique de Bruno Coulais

Durée : 3H15

En salles depuis le 12 octobre 2016

Visuels : © Pathé-Gaumont – Photos © Etienne George

Interview : Grégory Marouzé

Retranscription : Charles Filhine-Trésarrieu

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Gregory Marouze
Cinéphile acharné ouvert à tous les cinémas, genres, nationalités et époques. Journaliste et critique de cinéma (émission TV Ci Né Ma - L'Agence Ciné, Revus et Corrigés, Lille La Nuit.Com, ...), programmation et animation de ciné-clubs à Lille et Arras (Mes Films de Chevet, La Class' Ciné) avec l'association Plan Séquence, Animateur de débats et masterclass (Arras Film Festival, Poitiers Film Festival, divers cinémas), formateur. Membre du Syndicat Français de la Critique de Cinéma, juré du Prix du Premier Long-Métrage français et étranger des Prix de la Critique 2019, réalisateur du documentaire "Alain Corneau, du noir au bleu" (production Les Films du Cyclope, Studio Canal, Ciné +)

4 thoughts on “[Interview] de Bertrand Tavernier, « Voyage à travers le cinéma français »”

Commentaire(s)

  • Merlin

    Le film de Tavernier est intéressant et généreux. Mais l’interview est bourrée de fautes et de répétitions, c’est dommage !

    octobre 28, 2016 at 2 h 03 min
    • Amelie Blaustein Niddam

      Bonjour
      merci, le coquilles ont été corrigées
      Quant aux répétitions, le journaliste signale « il y en a c’est vrai. Mais ce sont celles de Tavernier. Il s’exprime ainsi et je pense que cela apporte quelque chose, montre sa façon de parler. Ça je n’y touche pas. »
      Amitiés

      octobre 28, 2016 at 11 h 22 min
  • Très bel itw de Grégory, On reconnaît bien la truculence de Bertrand TAVERNIER. Nous l’interviewons lundi 31/10 , ce grand realisateur est impressionnant et passionnant .
    Amicalement

    octobre 29, 2016 at 10 h 58 min
  • Gregory Marouze
    Gregory Marouze

    Un grand merci Jean-Luc ! Belle interview à vous.
    Bon week-end.
    Bien à vous,
    Grégory.

    octobre 29, 2016 at 12 h 10 min

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