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Festival Entrevue-Compétition- Everybody in our family, de Radu Jude

Festival Entrevue-Compétition- Everybody in our family, de Radu Jude

28 novembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Déjà sélectionne par le Forum de la Berlinale en 2012, grand prix du Festival de Sarajevo, « Everybody in our family » du réalisateur Roumain Radu Jude est en compétition officielle au Festival Entrevues à Belfort. Avec déjà 3 courts et un long métrage (The Happiest Girl in the World, 2009) à son actif, le jeune cinéaste de 35 ans utilise le 7e art à la fois comme loupe et comme mise à distance de la vie quotidienne. Mettant en scène une famille déjà explosée plus qu’au bord de la crise de nerfs, « Everybody in our Family » oscille entre comédie et tragédie pour faire rire noir. Un très beau film.

A 40 ans Marius a déjà une vie derrière lui. Comme un ado, des parents qui ne comprennent pas et comme un adulte une ex-femme remariée avec un expert-comptable et qui ne le laisse pas souvent voir sa fille de 5 ans, Sofia. Alors qu’il s’apprête à emmener sa petite quelques jours en vacances, comme le divorce lui en donne le droit, Marius se retrouve aux prises avec toutes les frustrations : ce n’est pas sans pétage de plomb général qu’il obtient d’emprunter la voiture de son père et quand il arrive à son ex-appartement, il tombe sur le sournois expert-comptable et sur sa petite chérie mais son ex-femme n’est pas là et le nouveau mari fait barrage à ce que Marius parte sur la route des vacances avant le retour de cette dernière. Derrière le vernis de la civilité, la violence monte, qui ne peut que porter préjudice au père face à la maman de Sofia.

Le film parvient à créer une véritable atmosphère, en mêlant les cris et la fureur des comédies italiennes de la grande époque à une grisaille post-soviétique qui épouserait la gueule de bois du divorce. Mais derrière ses personnage beaux comme des mannequins et son premier abord banal et quotidien, « Everybody in our family » est un film grinçant qui fait l’autopsie d’une relation amoureuse passée aussi bien que le constat d’un manque de maturité générale des derniers adultes grandis à l’heure soviétique. Ajoutons à cela que la férocité précoce du personnage de la petite fille augure des lendemains qui déchantent encore plus et il est possible de sortir du film complétement déprimé. Il n’empêche, même si certaines longueurs sont palpables, pendant que le décor se plante et quand la tourmente se prépare, le spectateur est scotché au devenir de ce papa si sympathique, malgré son adolescence un peu trop prolongée. Un beau film, à la fois simple et profond.

« Everybody in our family » (Toata lumea din familia noastra), de Radu Jude, avec Serban Pavlu, Sofia Nicolaescu, Mihaela Sirbu, Gabriel Spahiu, Tamara Buciuceanu Botez, Stela Popescu, Alexandru Arsinel, Roumanie, 2012, 108 min. Repasse à Belfort le 29 novembre à 20h30 en salle 12.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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