Cinema
Festival de Deauville : The Retrieval de Chris Eska, un cheminement initiatique pendant la guerre de Sécession

Festival de Deauville : The Retrieval de Chris Eska, un cheminement initiatique pendant la guerre de Sécession

07 septembre 2013 | PAR Olivia Leboyer

En compétition, The Retrieval, ou la réparation, est un film sur la liberté de conscience et le poids des servitudes pendant la guerre de Sécession. Une belle découverte.

 

La scène d’ouverture nous place juste derrière un jeune adolescent noir qui s’apprête à frapper à la porte d’une ferme. Apparemment, il vient demander asile. Quelques plans plus tard, nous le voyons rejoindre, à la nuit tombée, l’escadron de soldats sudistes qui l’avait envoyé en éclaireur. Le jeune garçon, très mignon, est utilisé comme appât pour aider les soldats à capturer des Noirs en fuite. Son oncle Marcus, vrai mercenaire sans complexe, lui apprend « le métier », cette existence à la petite semaine où seul le chacun pour soi permet de s’en sortir. Un jour, le soldat Burrell propose à Marcus de partir dans le Nord pour ramener un esclave affranchi qu’il souhaite exécuter. Accompagné de son neveu Will, il sera mieux à même de le convaincre de les suivre. Dans une scène épurée, très belle, Marcus fait mimer au jeune Will la scène capitale : dans une petite cabane isolée, il s’agira de se lever en douce, de nuit, pour prévenir les soldats que l’homme, endormi, est bien là. Superbe séquence d’exécution symbolique, sans le corps de la victime, et en plein jour. Avec un bobard concernant son frère malade, les deux hommes parviennent sans difficulté à persuader Nate de les suivre. Durant le long cheminement initiatique, au milieu des forêts et des bourbiers, Will commence, tout doucement, à admirer cet homme si différent de son oncle. Il entrevoit un autre comportement possible. Les idées de dignité, de liberté, voire d’amour, germent petit à petit dans sa tête. Seulement, Will a toujours obéi, il s’est toujours plié aux ordres, a toujours courbé l’échine. Peut-il, aussi rapidement, exercer son libre arbitre ?

Chris Eska évite les pièges du film à thèse : peu de dialogues, des plans superbes dans la forêt boueuse, où, ça et là, apparaît soudain un cadavre, incursion de la guerre dans ce road movie calme et tragique. Tout se passe dans le regard du jeune adolescent (excellent Ashton Sanders), que l’on sent, à mesure que l’on appproche du lieu du sacrifice, sur le point de parler enfin. Comment répare-t-on un crime ? Avec de petites attentions ou avec un vrai aveu ? La scène finale, où le titre prend tout son sens, est peut-être légèrement trop démonstrative. Mais Chris Eska livre ici un film fort, une tragédie dense et marquante sur le poids de l’esclavage. En suivant ce long périple dans la forêt, nous mesurons le cheminement nécessaire pour se représenter l’idée de liberté.

Une très belle découverte.

The Retrieval, de Chris Eska, Etats-Unis, 94 minutes, avec Ashton Sanders, Tishuan Scott, Keston John, Bill Oberst Jr., Christine Horn. Sélection officielle, en compétition.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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