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[Critique] DVD « City of Dreams » de Steve Faigenbaum. Émouvant documentaire familial sur la ville de Détroit

[Critique] DVD « City of Dreams » de Steve Faigenbaum. Émouvant documentaire familial sur la ville de Détroit

04 avril 2015 | PAR Gilles Herail

City of Dreams ne nous apprend pas beaucoup sur les racines du déclin de Détroit, symbole déchu d’une Amérique industrielle disparue. Steve Faigenbaum a choisi un angle moins militant mais plus personnel : le destin d’une ville emblématique à travers son histoire familiale. Un documentaire intime et émouvant.

[rating=3]

Synopsis officiel: Le réalisateur Steve Faigenbaum revient à Détroit après 25 ans d’absence. A travers une enquête personnelle, il nous dévoile les racines de la plus grosse faillite d’une cité américaine. Une histoire qui nous rappelle que nos villes ne sont pas immortelles…

Détroit représente bien malgré elle les difficultés d’une partie de l’Amérique contemporaine. Au cœur des problématiques de mixité raciale et de désindustrialisation,. Le déclin inéluctable des anciennes gloires de la production manufacturière américaine avait été très justement raconté par Michael Moore dans Roger and Me qui prenait l’exemple de Flint. City of Dreams décrit cette même agonie de centres urbains en décrépitude dont la population a été divisée par deux ou trois en quelques décennies. Les images frappent toujours autant : des immeubles vides, des maisons laissées à l’abandon, des quartiers entiers désertés.

City of Dreams est construit tout simplement, sans chichi, mêlant des images d’archive historiques, des vidéos familiales, des discussions avec des proches et des témoignages de membres actifs de la communauté. Le réalisateur a préféré un angle émotionnel plutôt que sociologique, familial plus que politique. Pour nous conter une histoire de rêve américain à travers le destin sur plus de 80 ans d’une famille d’immigrés juifs installés à Détroit dans un quartier communautaire. Qui ont assisté aux transformations massives d’une ville passée de la puissance à l’inéluctable déclin. La question raciale est au cœur de cette histoire et de l’histoire de Détroit, symbole de la ségrégation, du harcèlement policier, des civil rights, des émeutes raciales et de l’émergence de groupes noirs radicaux.

Steve Faigenbaum donne la parole à plusieurs membres de sa famille qui racontent la détérioration progressive des relations entre communautés, de l’indifférence à la peur. Une dégradation qui a modifié la géographie de la ville, renforcé la séparation des quartiers, entraîné le déplacement de la communauté juive vers les banlieues. Le film montre bien comment Détroit a vu s’empiler différentes vagues d’immigration. Avec des pionniers juifs arrivés sans le sou, travaillant dans l’industrie et réussissant petit à petit à faire leur trou et à intégrer la classe moyenne. Redoutant alors ces nouveaux « immigrés » de la communauté noire, également venus chercher leur part de rêve américain dans le secteur automobile.

On aurait aimé plus de profondeur dans l’analyse des évolutions de cette ville passionnante. Mais cet aperçu de Détroit relève autant du film familial et du retour aux sources mélancolique que du documentaire historique et urbain. City of Dreams est volontairement subjectif, s’appuie sur le ressenti et l’émotion, et fonctionne comme une fresque où l’histoire familiale nourrit le récit romanesque de la ville. Un émouvant hybride  à découvrir en DVD chez Blaq Out.

Gilles Hérail

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Gilles Herail

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