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[Coffret Dvd] Documentaires et fiction de l’argentin Fernando Solanas : une oeuvre engagée

[Coffret Dvd] Documentaires et fiction de l’argentin Fernando Solanas : une oeuvre engagée

14 juillet 2015 | PAR Yaël Hirsch

Homme politique après son retour d’exil pendant la dictature militaire en argentine (1976-1983), le porteno Fernando Ezequiel Solanas livre, depuis les années 1960 une oeuvre forte, engagée et qui s’appuie aussi bien sur le documentaire que la fiction pour faire passer son message. Une oeuvre d’une richesse absolue à redécouvrir en coffret en 8 films chez Blaq Out.

[rating=4]

Depuis la trilogie marquante et marquée qu’est L’heure des brasiers qui présentait en 1968 en 4h14 et trois parties les méfaits du néocolonialisme en Amérique du Sud au public Cannois de al Semaine de la critique, Fernando Solanas a fait du cinéma une arme.

Ses documentaires sont drus, sans concessions, informatifs et mettent tout le matériel filmique nécessaire au service du message qu’ils font passer : toujours une narration clairement écrite, énoncée te ponctuée, des intertitres très accrocheurs et surtout de précieux témoignages : à première vue, ceux des les oppressé dans Violence et Libération (volet 3 de L’heure des brasiers en 1968, le général Perón lui-même -à retrouver en bonus de cette trilogie-, les miséreux de la crise de 2004 dans Mémoire d’un saccage (2004, donc) et de ceux qui se sont battus pour en sortir dans La dignité du peuple (2007).

Aux côtés de ces documentaires désormais classique, la fiction du réalisateur utilise la fantaisie, les références littéraires et la poésie pour démontrer avec pet-être encore plus de force les thèses – immuable au cours des 50 derniers années- du cinéaste. Dans ces pauses à l’image léchée et poussés à la limite d’un onirisme pas si éloigné du dernier Jodorowski, Solanas incarne le destin tragique de l’Argentine et des argentins.

Encore proche du documentaire, Les fils de Fierro (1975) puise déjà ses racines dans un classique des lettres et de la poésie argentines : le Martin Fierro de Jose Hernandez. Le sud (1988) raconte avec onirisme et folie le terrible retour apeuré d’un prisonnier de la dictature dans son foyer. Le voyage (1992) donne à voir une grande partie de Amérique du Sud à travers une quête identitaire. Quand au Nuage (1998) et au film Tango, l’exil de Gardel (Prix spécial du jury à Cannes en 1985), ils passent par la mise en abyme du théâtre pour parler de censure et d’exil.

C’est peut-être dans sa fable sur une troupe d’exilés argentins qui voudrait mettre en scène à Paris l’exil de Carlos Gardel sous forme de comédie musicale que Solanas est à la fois le plus fou, loin du réel, et aussi le plus fort, proche de son expérience intolérable d’exilé. Le visionnage de cette rétrospective de près 50 ans du cinéma de Solanas nous en apprend beaucoup sur l’Argentine et nous permet également de repenser, encore et toujours, le rôle politique du cinéma. Et notamment la manière dont les frontières des genres brouillent, puisque fiction et documentaire sont terriblement proches quand il s’agit de parler de misère, d’injustice, de souffrance et de révolte.

Fernandon Solanas,9 dvds,18 h 27min, Argentine, coffret dvd Blaq Out, VOST français, sortie le 2 juin 2015. €68.90.
DVD 1 & 2 : L’Heure des brasiers (1968, 4h14)
DVD 3 : Les Fils de Fierro (2h10)
DVD 4 : Tangos, l’exil de Gardel (1985, 2h02)
DVD 5 : Le Sud (1988, 1h56)
DVD 6 : Le Voyage (1992, 2h12)
DVD 7 : Le Nuage (1998, 1h58)
DVD 8 : Mémoire d’un saccage (2004, 1h55)
DVD 9 : La Dignité du Peuple (2007, 2h00)

Suppléments :
– Entretien carrière avec Fernando Solanas, par Philippe Piazzo (3h)
– Entretien exclusif avec le Général Péron (1968, 8 mn)

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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