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Cannes 2018, Un certain regard : « El Angel » de Luis Ortega donne un visage parfait à la dictature argentine.

Cannes 2018, Un certain regard : « El Angel » de Luis Ortega donne un visage parfait à la dictature argentine.

12 mai 2018 | PAR Yaël Hirsch

Présenté dans la section « Un certain regard », « El Angel« , du réalisateur Luis Ortega brille par sa maîtrise formelle et sa manière originale de traiter la violence politique par l’adaptation d’un fait divers. Un de nos chouchous.
[rating=4]

Argentine, 1971. L’heure est au disco, aux pattes d’éph’ et aux imprimés psychédéliques, mais aussi aux militaires au pouvoir. Un garçon de 20 ans avec une figure de femme, Carlos Eduardo Robledo Puch, alias « Carlito », avoue avoir commis plus de 11 meurtres et 42 vols avant de se dénoncer. Celui à qui l’on aurait donné le bon Dieu sans confession est soupçonné d’être « inverti » et devient l’ennemi public n°1…

Filmant réellement Lorenzo Ferro comme un ange, quand il danse, vole des bijoux ou quand il tire une balle à bout portant, Luis Ortega livre un « film en costumes », mais pas que… On retrouve le Tadzio de la Mort à Venise et aussi le Malcom McDowell d’Orange Mécanique, et donc la fine fleur des monstres fascinants des années 1970 dans cet ange incandescent. Jamais antipathique, ayant la bonne idée de fonctionner en tandem avec un beau garçon brun dont il est un peu amoureux : Ramon (Chino Darin, le fils de Ricardo Darin, palme des plus beaux pectoraux), le personnage de Carlito ne crée jamais l’effroi. Par son aura même, ce personnage, aussi séduisant qu’inquiétant, nous entraîne par-delà le mal, dans une espèce de véritable inconscience, au point exact où l’on doit juste « disfrutar » (profiter) sans contrainte de la vie, envers et contre tous les ordres, y compris les dictatures. Réfractée par un ange et une bande de malfrats loufoques, la violence politique devient un drôle d’objet, une sorte d’ovni que l’on ausculte et interroge et c’est là, la grande force du film. En modération de toutes ces louanges sur le fond et la mise en scène, il faut noter que l’aspect « fait divers » entraîne malheureusement le film dans des longueurs inutiles pour porter jusqu’au bout son propos. Dommage que ce principe de réalité vienne plomber la dernière demi-heure d’un film suprenant, survolté et jusque-là vraiment bien mené.

El Angel, film argentin de Luis Ortega, avec Mercedes Morán, Luis Gnecco, Lorenzo Ferro, Chino Darín, Daniel Fanego et Cécilia Roth,  présenté au festival de Cannes, en compétition dans la section « Un certain regard ». Durée : 2 heures. Prochainement au cinéma.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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