Fictions

Santiago H. Amigorena : » Le ghetto intérieur »

Santiago H. Amigorena : » Le ghetto intérieur »

10 décembre 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

Santiago H. Amigorena est un écrivain et cinéaste né en Argentine, de parents psychanalystes et vivant en France depuis 1973. « Le ghetto intérieur » décrit la douleur morale de Vicente dont la mère est restée dans le Ghetto de Varsovie puis a disparu.

Buenos Aires, le 13 septembre 1940. C’est vendredi et Vicente Rosente part rejoindre ses amis au café Tortini. Ensembles ils avaient émigré en Argentine, une douzaine d’années auparavant. Avec son magasin de meubles, sa femme aimante, ses enfants et ses amis, la vie pourrait être douce pour Vicente. Mais en arrivant au Tortini il est préoccupé. Sa mère et son frère sont restés en Pologne et il n’a plus de nouvelles. Puis en décembre 1940 et en Octobre 1941 il reçoit une lettre de sa mère enfermée dans le ghetto de Varsovie. .L’ombre du ghetto plane désormais sur la vie quotidienne de Vicente. Dans la deuxième lettre le malheur est devenu insupportable, la mort omniprésente. Vicente s’informe sur la situation en Europe. Il est de plus en plus angoissé et culpabilisé car il n’est pas allé chercher sa  mère, il ne l’a pas sauvée .Lui, qui s’était éloigné de la tradition juive et qui se percevait surtout comme Argentin,  est contraint, par la tragédie, de devenir « Juif avant tout ».Vicente est dévasté, il ne peut  plus vivre comme avant. Comme ses parents et ses grands-parents qui n’avaient jamais parlé des persécutions et des pogroms, il a choisi le silence, même en famille. Il se tait mais son regard traduit sa souffrance, son impuissance, son vide intérieur. Lorsqu’il reçoit la dernière lettre de sa mère il ne peut plus parler, il ne peut plus rien savoir de ce drame, restant  emmuré vivant dans son angoisse et sa culpabilité.

Santiago H. Amigorena a écrit un texte sobre, simple et très émouvant. Au cours de ce récit intimiste apparaissent des rappels historiques sur la Pologne du Maréchal Pilsudski, sur la conférence de Wannsee et  sur la mise en œuvre de la « solution finale »  par le régime Nazi. Il évoque aussi l’agonie du ghetto de Varsovie mais l’horreur de la Shoah reste inconcevable, innommable.  L’auteur questionne  aussi l’identité juive, qu’il décrit comme un héritage, lourd de tous ses malheurs. Cette identité est aussi source de fierté et d’émerveillement car fondée non sur un état ou un territoire mais sur des livres sacrés et une communauté. Le cœur du livre reste la souffrance intérieure de Vicente, sa profonde dépression, sa chute, son incapacité à vivre depuis le drame et la disparition de sa mère.

Santiago H Amigoréna a écrit un texte dense, poignant, bouleversant. A travers le personnage de Vicente le lecteur est confronté  intimement à la Shoah, à ce mal absolu qui reste impensable.  

Santiago H. Amigorena, Le Ghetto intérieur, Editions P.O.L, 191pages, 18Euros, sortie en Octobre 2019.

visuel : couverture du livre

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