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« Abraham Lincoln : Chasseur de vampires » : relecture fictionnelle et divertissante de l’histoire étasunienne

« Abraham Lincoln : Chasseur de vampires » : relecture fictionnelle et divertissante de l’histoire étasunienne

26 janvier 2013 | PAR Bastien Stisi

Une horde de vampires à la force herculéenne fait régner la terreur dans l’obscurité des États-Unis post-indépendance. Pour débarrasser le territoire de ses créatures aussi monstrueuses qu’ambitieuses, un homme se dévoue et se résout à combattre. Chuck Norris ? John Rambo ? Non, Abraham Lincoln. A voir désormais en  dvd et Bly-Ray…

Un coucher de soleil laissant ressortir une lumière vive et rougeoyante vient éclairer le Washington Monument, obélisque magnifique et coloré faisant symboliquement référence aux pieux meurtriers et vengeurs que la science-fiction a coutume d’enfoncer dans les cœurs sanguinolents des vampires les plus agressifs…

L’instant poétique et symboliste d’Abraham Lincoln chasseur de vampires, l’un des croisements entre fiction et histoire les plus loufoques de l’année écoulée, ne se poursuivra malheureusement pas au-delà de ces toutes premières images introductives du film. Pour le réalisateur Timur Bekmambetov, spécialiste d’épouvante et d’horreur, l’essentiel semblait en effet être bien ailleurs. À grands coups de ralentis lassants, d’effets spéciaux spectaculaires, et d’explosions glissées pêle-mêle dans le récit comme s’il restait encore quelques millions d’euros de budget à gaspiller avant la fin du tournage, le réalisateur réécrit avec lourdeur mais avec une audace louable l’histoire du président étasunien Abraham Lincoln et de la guerre de Sécession.

Assoiffé d’une terrible vengeance à l’encontre de l’assassin de sa mère, qu’il a vu mourir sous ses yeux, le jeune Abraham Lincoln (Benjamin Walker) croit enfin pouvoir contenter ses névroses et ses pulsions sanguinaires lorsqu’il parvient enfin à loger une balle dans la tête du meurtrier. Seul problème : le meurtrier en question n’est sensible qu’aux balles confectionnées à base d’argent, et appartient à une race belliqueuse de vampire bien décidé à s’étendre au nord des États-Unis, après avoir largement investi le sud du territoire depuis le début de la colonisation américaine…

Sauvé de justesse par un chasseur de vampires émérite (Dominic Cooper), Abraham décide instinctivement de faire équipe avec lui afin de se consacrer exclusivement à l’extermination de cette race monstrueuse et délétère. Si son nouveau coéquipier se badigeonne de crème solaire, porte des lunettes de soleil noires, et se gorge d’un vin rouge à la teinte sanguinolente, le naïf et aventureux Abraham, désormais armé d’une hache coupante et assassine (une référence à la jeunesse bucheronne du personnage) ne saisit pas qu’il fait en réalité équipe avec un vampire, lui-même contaminé dans le passé, et qui ne peut se charger lui-même de leur destruction parce qu’un vampire ne peut tuer l’un de ses semblables…

Isolé dans une bourgade perdue pour ne pas s’exposer aux yeux de ses ennemis, Abraham finit par trouver l’amour et un véritable sens à son existence. Après avoir manqué de perdre Mary (Mary Elizabeth Winstead), sa future femme, par peur de la mettre en danger de la même manière que Peter Parker considérait sa relation avec Mary Jane dans les Spider-Man version Sam Raimi, Abraham Lincoln laisse pousser sa barbe, pose un chapeau noir sur sa tête, troque la violence de sa hache contre la force des mots, et s’engage avec véhémence dans la lutte anti-esclavagiste.

Des années de quiétude et de victoires politiques plus tard, Lincoln est confronté à son passé et à des dissidences toujours plus prononcées avec le Sud du territoire étasunien : alors qu’éclate la guerre de Sécession et que le Nord prend rapidement l’ascendant sur ses adversaires, les Sudistes pactisent avec les vampires afin de remporter la victoire.

Contraint de reprendre sa hache et sa fureur meurtrière, Abraham, aidé par ses fidèles acolytes parviennent à trouver suffisamment d’argent pour confectionner des armes efficaces contre leurs adversaires, et livrent finalement à temps les munitions pour que le Nord remporte la décisive bataille de Gettysburg. Si la plupart des scènes de bataille du film sont si mal filmées que l’on n’y comprend franchement pas grand-chose, la scène sur le toit du train où Abraham Lincoln et ses amis combattent les plus grandes figures de l’intelligentsia vampirique est si efficacement chorégraphiée qu’elle rappelle les danses meurtrières et sanglantes des soldats spartiates dans le 300 de Zack Snyder. Une jolie petite réussite.

L’histoire, la vraie, ne dit mot de l’association des États du Sud avec la communauté vampirique des États-Unis du XIXe siècle. Elle ne dit rien non plus de la face sombre et cachée de son président le plus emblématique. Gageons que la version de Steven Spielberg, actuellement au cinéma, choisisse un angle considérablement plus traditionnel.

Abraham Lincoln, Chasseur de vampires, de Timur Bekmambetov, avec Benjamin Walker, Dominic Cooper, Anthony Mackie, USA, 1h40. Sortie DVd et Blu-Ray 20th century Fox le 2 janvier 2013. 19,99€ pour le DVD, 24,99€ pour le Blu-ray et 29,99€ pour le Combo Blu-ray 3D + DVD.

Bonus : Le Making-Of du film: du livre au film – Commentaires Audio de l’auteur du livre

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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