Théâtre

Un Godot précis mis en scène avec finesse par Bernard Lévy à l’Athénée

Un Godot précis mis en scène avec finesse par Bernard Lévy à l’Athénée

26 janvier 2013 | PAR Yaël Hirsch

En ce début d’année 2013, le théâtre de l’Athénée demande à Bernard Lévy de reprendre sa création précise et ingénieuse de la pièce de Samuel Beckett « En attendant Godot ». 2h10 de très grand théâtre tenu par des comédiens époustouflant, à l’affiche jusqu’au 27 janvier avant que la même équipe ne joue « Fin de partie », comme un deuxième volet de diptyque et même temps fait écho à la programmation de l’Odéon. 2013 commence sous les auspices cruels et brillants de l’art de Samuel Beckett…

Dans un no man’s land deux hommes assez âgés, Vladimir (Gilles Arbona) et Estragon (Thierry Bosc) attendent comme le messie un dénommé Godot qui a promis de faire une apparition. Accrochés depuis 50 ans l’un à l’autre, les deux hommes sentent mauvais, l’un des pieds, l’autre du bec, et ils tentent désespérément de passer le temps… Ils arrivent souvent à court d’inspiration. Heureusement, l’autoritaire Pozzo (Patrick Zimmermann) arrive avec son valet et chien savant Lucky (extraordinaire Georges Ser) et leur font un petit show qui leur permet d’attendre le soir et la venue du fameux Godot… Sauf que quand le couple a repris sa route, un enfant vient prévenir Vladimir et Estragon que Godot ne viendra que le lendemain…

Commençant sur une page du manuscrit de Beckett où l’on mesure la longueur des didascalies, la mise en scène de Bernard Lévy affiche d’entrée de jeu sa politique : le respect absolu à un texte aussi cruel que canonique. Porté par des comédiens absolument extraordinaire, mis en exergue par un décor à la fois minimaliste et fait en dessin giacomettien, le texte semble creuser un sillon qui ne s’arrête pas, même pour le rideau de l’entracte. La condition humaine se donne à voir dans ce qu’elle a de plus usée et absurde et Levy et sa troupe nous permettent d’en rire jaune avec un terrible pincement au cœur. La mini-chorégraphie de la servitude volontaire de Lucky par Jean-Claude Gallotta est assez représentative de l’ensemble de la pièce : à la fois juste et rigoureuse, mais sublime parce que sans grâce… Humains, trop humains ces deux compères qui attendent trop au delà l’agilité de la jeunesse une promesse qui ne vient pas… Au fur et a mesure que les années passent, le texte de Godot touche toujours plus juste et plus profond. La version indémodable qu’en propose Bernard Levy semble accompagner parfaitement le texte dans cet à propos progressif, à la fois profondément déprimant et néanmoins tout à fait essentiel…

« En attendant Godot », de Samuel Beckett, mise en scène : Bernard Levy, avec : Gilles Arbona, Thierry Bosc, Garlan Le Martelot, Georges Ser, Patrick Zimmermann. Durée du spectacle : 2h10.

Autres dates :
le 31 janvier 2013 au Salmanazar Théâtre Gabrielle Dorziat, Epernay (51)
les 14 et 15 mars 2013 au Théâtre-scène nationale de Narbonne, Narbonne (11)
les 19 et 20 mars 2013 à la Scène nationale d’Albi, Albi (81)
le 11 avril 2013 à l’ACB-scène nationale Bar-le-Duc, Bar-le-Duc (55)
le 19 avril 2013 au Théâtre de Suresnes Jean-Vilar, Suresnes (92)

© Philippe Delacroix

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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