Cinema

DVD : « La Contestation »

11 septembre 2009 | PAR Mikaël Faujour

Recueil de 5 courts métrages expérimentaux, sorti en 1969 et quelque peu oublié depuis, « La Contestation » offre un programme pour le moins alléchant. Au terme d’une décennie singulièrement agitée, le projet rassemble des sommités du cinéma telles que Jean-Luc Godard, Bernardo Bertolucci ou Pier Paolo Pasolini autour de la thématique contestataire.

Les courts métrages sont assez intéressants, mais l’ensemble n’a rien qui puisse durablement marquer. « L’indifférence », transposition par Carlo Lizzani de la parabole du bon Samaritain dans le Nouillorc de la fin des sixties, est plaisant mais quelconque et sitôt fini déjà oublié. « La Séquence de la fleur de papier » de Pasolini s’avère plus intéressant. La voix de Dieu interpelle un homme qui, animé par une heureuse béatitude, traverse avec un entrain naïf les rues de Rome… et qui ne l’entend pas – ou le refuse. Dénonçant la coupable ignorance des « innocents » quant au sort d’un monde où l’abjection fasciste vit toujours, le film est typiquement pasolinien. Le Dieu de Pasolini dément la parole christique « Heureux les pauvres par l’esprit, parce que le royaume des cieux est à eux », ce qui lui valut encore une fois des critiques.

L’autre « gros morceau » du projet, c’est le remarquable « Agonie » de Bernardo Bertolucci, dont la mise en scène est d’une élégance aussi parfaite qu’est intrigante l’histoire filmée. Un homme influent, sorte de gourou, est à l’article de la mort ; entouré par ses disciples qui, tantôt miment l’agonie, tantôt expriment par le corps seul la douleur de la perte prochaine, il les accompagne et se fait accompagner dans ses derniers moments. Parfaitement déroutant car ouvert à de très diverses interprétations, c’est la pièce la plus intéressante de « La Contestation ».

Intitulé « L’amour », le film de Godard traite, avec une élégance formelle qui n’a d’égal que le parfait ennui qu’il provoque, les thèmes godardiens habituels. Un court-métrage décevant, de la part d’un réalisateur si génialement fascinant. C’est enfin le film de Marco Bellocchio, initiateur du projet collectif, qui ferme la marche. Dans « Discutons, discutons », il met en scène des étudiants révolutionnaires maoïstes bloquant un cours et débattant fervemment, avec les professeurs et les élèves. Il est question du rapport de l’université au capitalisme et à la reproduction sociale, de la lutte révolutionnaire face aux institutions (dont le Parti communiste), du pouvoir bourgeois, etc. Sans prendre parti vraiment, le réalisateur relaie les arguments des uns et des autres. Les références feront sourire les narquois et les cyniques désabusés ; il y a néanmoins dans ce film, dont la portée est moins artistique qu’intellectuelle, une actualité qui mérite tout à fait d’y jeter un œil. D’autant que Bellocchio évite l’écueil du bavardage stérile et du rébarbatif, pour un court métrage qui est, étonnamment, assez plaisant et non dénué d’une bienvenue dose d’humour.

En somme, « La Contestation » intéressera surtout des cinéphiles avertis. Avec trois films expérimentaux, dont l’un relativement austère (Bertolucci) et l’autre relativement abstrus (Godard), ce DVD rend compte avec intelligence de questions capitales que le temps n’a guère ringardisées : la responsabilité éthique de l’individu social, l’engagement politique en étant le corollaire possible – mais non unique. Hormis les questions politiques stricto sensu, c’est aussi la mise en scène du corps chez Bertolucci qui interroge le rapport au corps (le sien et celui d’autrui), ou l’articulation de l’éthique et du mysticisme chrétien que soulève encore Pasolini (ce qui était déjà le fond même de son évanescente « Passion selon Matthieu »).

Bref. Un bon DVD, mais loin d’être indispensable.

« La Contestation », éditions Carlotta.

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Mikaël Faujour

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