Cinema
[Critique] « Frank », mini-odyssée pop, un peu uniforme mais touchante

[Critique] « Frank », mini-odyssée pop, un peu uniforme mais touchante

01 février 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

L’histoire d’un jeune irlandais rêveur, intégrant un groupe dont le leader, Frank, garde son visage couvert, en permanence, par une tête en papier mâché… Un film inspiré d’un personnage réel (Chris Sievey), mais ce n’est pas le principal. Lenny Abrahamson réfléchit sur le talent, et parvient à nous entraîner dans son récit, malgré des personnages un peu enfermés dans des rôles uniformes.

[rating=3]

FrankEn ce début de XXIème siècle, on voit passer sur les écrans, régulièrement, des films à l’idée de départ saugrenue. Qui, on ne sait pourquoi, finissent par présenter des éléments communs. Ainsi Frank, nouveau film de Lenny Abrahamson (Garage, What Richard Did), rappelle-t-il Mister Lonely (2008). Cet opus, pas le meilleur, d’Harmony Korine, peignait une communauté de sosies. Dans Frank, un personnage principal décalé a la chance, lui aussi, d’intégrer une communauté d’êtres bizarres. D’aller se mettre au vert avec eux. D’essayer de créer une œuvre artistique, au cours d’une expérience qui causera des pertes humaines… Mais le film satisfait plus. Car déjà, il ne se déroule pas totalement loin des hommes. Une escapade aux Etats-Unis, bienvenue, prend place après les cinquante premières minutes. Et les réseaux sociaux et canaux Internet sont convoqués de façon subtile. Enfin, la réflexion qu’amorce notre réalisateur touche davantage.

Au sein des Soronprfbs, groupe de musique pop expérimentale, chacun a une personnalité en acier. Le bassiste (François Civil) est français et cynique, la fille préposée aux sonorités electro est une psychopathe, jouée par la malicieuse et sombre Maggie Gyllenhaal, et la batteuse ne dit rien. Au milieu de ce petit monde timbré, il y a Frank, avec ses talents de parolier et de compositeur. Frank qui n’enlève jamais sa tête en papier mâché. Jon (Domhnall Gleeson), jeune irlandais à la vie ennuyeuse, recruté comme claviériste, va tâcher de donner de la popularité à cette formation inspirante, délirante, mais instable… Tout en se réalisant lui-même. Enfin, en essayant…

Frank 2On peut trouver ces personnages un peu schématiques. Dans ce film, les caractères sont comme immuables. Notre Jon, par exemple, demeure absolument persuadé d’être un grand compositeur pop. Le contraire sera prouvé… lors de scènes quelque peu attendues. Jon finit par nous fatiguer parfois, et les fous qui composent le groupe également. Le rythme du film s’en ressent : on a l’impression qu’il ressasse la même chose en boucle. Mais on aime les scènes où Frank livre son intériorité ; la façon dont il communique ses humeurs ; la virée étatsunienne pour un concert, qui confronte le groupe au monde extérieur ; et le constat final, tranché. Parfois, le talent doit rester isolé du monde… Saluons enfin l’interprétation, dans laquelle les talents sont à l’unisson. Et au fait, Michael Fassbender, qui incarne Frank ? Il arrive à être émouvant, sous sa fausse tête. Et sobre. Très sobre, malgré ses mimiques burlesques. Au lieu de réaliser une performance, il habite le film. Un vrai talent.


Frank (2014) – Bande Annonce / Trailer [VOST-HD] par Eklecty-City

Frank, un film de Lenny Abrahamson. Avec Michael Fassbender, Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal, François Civil, Carla Azar, Scoot McNairy. Comédie dramatique irlandaise. Durée : 1h34. Sortie le 4 février.

Visuels : © Irish Film Board

« La Barbe » d’Omar Benlaala, paradise now!
Haute-Couture en haute voltige pour le printemps-été 2015 à Paris
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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