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« La Barbe » d’Omar Benlaala, paradise now!

« La Barbe » d’Omar Benlaala, paradise now!

01 février 2015 | PAR Le Barbu

Omar Benlaala, parisien d’origine, titulaire d’un bac moins 3, s’est vu ouvrir toutes les portes. Un stage mystique lui a, entre autres, fait découvrir le plaisir de la lecture… et de l’écriture.

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Omar retrace dans ce livre un itinéraire précurseur, le sien : comment, jeune Français d’origine algérienne, il est devenu, au milieu des années 1990, l’un des premiers « barbus ». Il raconte les étapes successives de sa quête d’identité : décrochage scolaire, apprentissage accéléré de l’islam dans les mosquées de la région parisienne, voyages initiatiques à travers le monde, puis défonce sur les pistes de danse. Au terme de ces expériences, il trouve finalement son équilibre dans une pratique spirituelle apaisée. Il y a dix ans, alors qu’un nombre croissant de jeunes font le choix de l’islamisme, Omar coupe sa barbe et redevient invisible. Commence alors pour lui une nouvelle quête, ne visant plus ni l’absolu ni la distinction, celle du calme intérieur. Le parcours singulier d’Omar aide à comprendre celui d’autres jeunes qui, aujourd’hui, se cherchent dans la religion.

La Barbe est un récit court, bref, rapide, épuré, et efficace. Le style « pied au plancher » nous emporte tout de suite, surfant entre burlesque, pudeur, regard critique et autocritique. Car, bien qu’il nous fasse sourire, voir même beaucoup rire parfois, ce livre n’est pas une farce. C’est un livre sérieux, pas grave, il ne faut pas le lire avec gravité, mais avec sérieux. Ce n’est pas non plus un livre sur l’islam. C’est un livre sur l’identité, la recherche identitaire, la quête éperdue d’une identité créatrice d’émotions, de cohésion, d’union, de force et de puissance, mais aussi source de dépression, d’angoisse, de solitude, de peur, de repli, de communautarisme, de haine, de racisme et de guerres. Car la quête identitaire est au cœur de nos vies, une identité rêvée, perçue, instable, désirée plus que tout, et qui nous fait faire tout et n’importe quoi, qui nous fait nous inventer, dont le seul objectif est « Être », pour finalement nous éloigner de ce que nous sommes vraiment. C’est aussi, tout simplement, la recherche du bonheur, de l’épanouissement, de l’accomplissement personnel, qui emprunte tous les chemins.

Depuis les événements du 7 janvier, et l’émotion nationale républicaine du 11 janvier, tout le monde cherche un coupable, un responsable, qui est responsable de ce désastre? l’école? la république? l’islam? le système carcéral? Tout le monde se pose la question: « Mais comment ces jeunes se radicalisent, deviennent des terroristes, des « djihadistes »? Tout le monde, spécialistes ou pas, pseudo-spécialistes, propose sa réponse, sa vérité, son explication globalisante, son bouquin pour faire tourner la machine à fric, faire peur, rassurer… Alors que la réponse est dans « La Barbe » d’Omar Benlaala. Ce livre qui me fait tant penser au film « Paradise now » de Hany Abu-Assad. Car finalement les réponses sur ce que nous voulons être, sur ce que nous voulons devenir sont purement personnelles. Les réponses sont en nous, et nulle part ailleurs.

A lire !!!

« La Barbe » d’Omar Benlaala, Raconter la vie, Seuil, janvier 2015.

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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