Cinema
[Compétition] « Praia de Futuro », d’amour et d’eau entre le Brésil et Berlin

[Compétition] « Praia de Futuro », d’amour et d’eau entre le Brésil et Berlin

11 février 2014 | PAR Olivia Leboyer

Praia 2

Le réalisateur brésilien Karim Aïnouz filme la passion entre deux hommes, de la plage brésilienne de Futuro jusqu’à Berlin.

[rating=2]

La scène inaugurale, ensoleillée jusqu’à la surexposition, nous montre deux fiers motards, beaux et musclés, qui terminent leur course en se jetant dans les vagues de la plage de Futuro. L’un d’eux y restera. Le survivant, sauveteur en mer, doit annoncer la nouvelle à l’ami du disparu. L’attirance entre les deux hommes est immédiate, le drame partagé les rapproche, et ils ont naturellement une aventure. Les choses pourraient en rester là, mais lorsque Konrad (Clemens Schick, aux faux airs de Matthias Schoenaerts) parle de repartir à Berlin, Donato (Wagner Moura) décide de le suivre.

Précisément, ce Donato, que son petit frère surnomme avec admiration Aquaman, a toujours vécu dans l’eau, c’est son élément. « Qu’est-ce que tu deviendrais, si un jour la mer me prenait et que je disparaissais ? » lui lance un jour Donato, peu après l’accident. Mais ce n’est pas la mer qui prendra Donato à son frère, c’est un homme. Pour Konrad, le jeune Brésilien quitte son univers, sa famille, ses amis. Construit en trois parties, le film est d’abord centré sur la plage fatale de Futuro, puis sur l’exil berlinois, entre étreintes passionnées (avec une chorégraphie du « Aline » de Christophe…) et morosité croissante de Donato, gagné par la nostalgie. La troisième partie, décisive, fait exploser les tensions avec la réapparition du troisième personnage-clef, le petit frère, des années plus tard. Karim Aïnouz n’évite malheureusement pas les clichés. Les deux hommes se trouvent, se perdent et se retrouvent entre les sauts dans les vagues, les balades sans but dans Berlin et les virées en boîte de nuit. On n’a que peu l’occasion de les entendre se parler, et de comprendre ce qui les relie, au-delà de l’attirance physique de départ. Le schéma triangulaire avec le petit frère, aimanté par ce beau couple, est un peu trop appuyé. Le rythme du film, très languide, épouse la mélancolie de Donato. Et la symbolique de l’eau chère à Gaston Bachelard est surlignée à plusieurs reprises par des réflexions pseudo-philosophiques sur la liberté, l’identité, les appartenances.

Une histoire d’amour au rythme languissant, qui affiche une symbolique assez lourde.

Praia do Futuro, de Karim Aïnouz, Brésil, 106 minutes, avec Wagner Moura, Clemens Schick, Jesuita Barboza. Berlinale 2014, en compétition.

visuels: photos officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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