Cinema

[Compétition] « Macbeth » de Justin Kurzel : des tableaux exquis mais un propos lourd pour la superproduction écossaise

[Compétition] « Macbeth » de Justin Kurzel : des tableaux exquis mais un propos lourd pour la superproduction écossaise

25 mai 2015 | PAR Yaël Hirsch

Alors que le réalisateur, Justin Kurzel  passe directement du film d’auteur à la superproduction avec cette adaptation grandiose de Shakespeare, Michael Fassbender empoigne la Scottish play avec ferveur. En Lady Macbeth, Marion Cotillard fait pâle figure. Un dernier film de la compétition qui se regarde comme un immense tableau, mais peine à nous toucher. 

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Dans des tonalités grises puis rougeoyantes, le film de Justin Kurziel fait le pari de laisser Macbeth planté debout sur les pâturages écossais transformés en champs de bataille. C’est chromatiquement qu’on suit donc l’évolution du héros de la guerre contre les norvégiens en tyran assoiffé de sang, coaché par une épouse elle aussi en train de se laisser gagner par la folie. Si visuellement, cette version de la pièce en jette, à grand renforts de scènes de batailles, de contre-jours en ombres chinoises et de maquillage témoin de la violence des hommes, cette mise en scène grandiloquente noie le texte. Soutenue par un air incessant de cornemuse, l’action se perd dans l’effusion de violence gratuite et les personnages statiques déclament des monologues qu’on a d’autant plus de mal à suivre que l’accent écossais est soigneusement préservé. Caché sous des litres de charbon, le visage de Fassbender est inexpressif, mais son corps parle et crie, et – au vu des conditions- il s’en sort fort bien. On ne dira pas la même chose de Marion Cotillard, cramponnée à son anglais et qui va avoir droit à son beau lot de moqueries… In fine, si le film ne parvient pas à émerveiller le spectateur malgré la force de la proposition des images, c’est probablement parce que conserver Macbeth sans son jus écossais d’antan, tout en faisant des personnages des récitants pétrifié, ne nous permet ni l’identification à la folie, ni la réflexion sur des enjeux politiques ou sociaux (la trahison, la soif de pouvoir, la superstition) qui pourraient nous accrocher vifs dans notre présents. Justin Kurzel aurait-il tourné le prequel de Assassin’s Creed (adaptation du jeu vidéo, en piste pour les prochains mois) avec une pièce de Shakespeare?

Macbeth, un film de Justin Kurzel. D’après William Shakespeare. Avec Michael Fassbender, Marion Cotillard, Paddy Considine, David Thewlis, Sean Harris, Elizabeth Debicki, Jack Reynor. Durée : 1h53. Sortie le 4 novembre.

Retrouvez tous les films de la section Un certain regard dans notre dossier Cannes

Visuel : © StudioCanal

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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