Cinema

[Un certain regard] « Cemetery of splendour » : nouvelle rêverie brillante d’Apichatpong Weerasethakul

[Un certain regard] « Cemetery of splendour » : nouvelle rêverie brillante d’Apichatpong Weerasethakul

25 mai 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Fidèle au sillon qu’il creuse, le réalisateur thaïlandais nous a livré, à Cannes 2015, un film superbement raconté et interprété.

[rating=4]

Un nouveau film d’Apichatpong Weerasethakul est toujours un objet inédit. Bien qu’on s’attende à y retrouver plans fixes, scènes longues, lenteur et recours aux puissances invisibles de la nature. Qui sont au rendez-vous, dans Cemetery of splendour. Mais avec, cette fois, un récit à la construction plus évidente. Dans un hôpital de bric et de broc pour soldats thaïlandais dans le coma, une femme d’âge mûr, Jen, tombe amoureuse d’un endormi. Ou peut-être d’un esprit ancien. Car l’hôpital a été aménagé sur les restes d’un cimetière de rois des temps passés, dont les fantômes « combattent encore »….

Les soldats, toujours, la nature, encore… Dans cette nouvelle œuvre, il vaut mieux se concentrer sur l’histoire, très bien racontée, que sur son sens. Cemetery of splendour prolonge le procédé d’Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, Palme d’or 2010. Mais le fantastique se fait encore plus simple : les esprits viennent visiter notre héroïne comme des filles sortant du shopping. Et lorsque la nuit convoque les fantômes des combattants, le silence, et quelques néons un peu abscons, suffisent. Magie du climat installé par notre réalisateur.

Si certaines scènes durent trop, l’histoire accroche, pour peu qu’on se laisse aller au rythme. Ajoutons enfin que Cemetery of splendour est vraiment un film d’acteurs. La magnifique Jenjira Pongpas, interprète de Jen, ou Jarinpattra Rueangram qui, dans son rôle de medium, lui fait imaginer un palais ancien où se trouve l’homme qu’elle aime, nous entraînent avec elles. Sans leur présence, on ne verrait rien. Sans aucun effet, on croise donc les esprits anciens, venus avec leur magie et leur bienveillance. Après, quant à vous dire à quoi ils ressemblent…

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Cemetery of splendour, un film d’Apichatpong Weerasethakul. Avec Jenjira Pongpas, Banlop Lomnoi, Jarinpattra Rueangram. Durée : 2h02

Retrouvez tous les films de la section Un certain regard dans notre dossier Cannes

Visuels : © Pyramide Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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