Cinema
[Compétition] « La tercera orilla » de Celina Murga, une chronique familiale argentine assez fine

[Compétition] « La tercera orilla » de Celina Murga, une chronique familiale argentine assez fine

13 février 2014 | PAR Olivia Leboyer

La tercera orilla

Dans la petite province d’Entre Rios, un riche médecin mène, ouvertement, une double vie. Deux familles, l’une très bourgeoise et l’autre très modeste : une figure paternelle ambiguë et une chronique familiale assez touchante.

[rating=3]

 Dans cette compétition berlinoise, plusieurs films nous ont déçues : symbolique trop appuyée, gros effets, absence de finesse. Avec La tercera orilla (la troisième rive du fleuve), au contraire, nous avons eu une jolie surprise. Cette chronique familiale prend le temps d’installer une vraie atmosphère. Le patriarche, Jorge (Daniel Veronese, excellent, tout en testostérone) navigue sans états d’âme entre ses deux familles. D’un côté, il a sa vie bourgeoise, dans une grande maison avec piscine et, de l’autre, sa seconde famille  qui vit dans un pavillon très modeste. Dans les deux familles, il a un fils : Nicolas, qui sort de l’adolescence et doit aider sa mère et ses trois autres frères et sœurs, et le petit Lautaro de l’autre côté.

Pour Nicolas, l’image du père est difficile à préciser. Comme un fait établi, ce dernier a décidé qu’il suivrait ses traces et deviendrait médecin. Le père cherche aussi à affirmer son autorité dans d’autres domaines : dans une scène réussie et visqueuse, il emmène son fils voir des entraîneuses dans un bar de nuit. Il tente également de l’initier à la chasse et à la vie de la ferme. Car, en plus de son statut de médecin, l’homme a hérité d’une ferme, qu’il gère sur un mode quasi colonialiste. Mais Jorge a plus de facilité à donner à son fils des enveloppes bourrées de billets de banque que de vrais conseils de père. Pris en étau entre sa famille chaleureuse, où sa mère et sa sœur de quinze ans l’entourent d’affection véritable, et cet univers paternel violent, assez répugnant, Nicolas ressent un besoin de liberté.

 Celina Murga parvient à restituer le climat oppressant de cette double famille, où les non dits règnent en maîtres. Daniel Veronese, qui incarne le père, est impressionnant. Un film plutôt subtil et attachant. Sans doute pas un ours, mais en tout cas, une assez jolie découverte.

La tercera orilla, de Celina Murga, Argentine, 92 minutes, avec Alian Devetac, Daniel Veronese, Gaby Ferrero, Irina Wetzel, Tomas Omacini, Gabriela Perinotto. Berlinale 2014, en compétition.

visuels: affiche et photo officielles du film.

La danse frappée par les « Foudres » de Dave St-Pierre
Le Mobile Film Festival : se faire la main sur la technique
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture