Danse
La danse frappée par les « Foudres » de Dave St-Pierre

La danse frappée par les « Foudres » de Dave St-Pierre

13 février 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il y aura un avant et un après. En proposant un temps fort à Dave St-Pierre, le Théâtre de la Ville a vu juste. Le public, de plus en plus  nombreux au fur et à mesure des jours, ne s’y est pas trompé. Le chorégraphe québécois est une valeur sûre à l’œil aguerri sur le monde d’aujourd’hui.

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Foudres est la dernière création de Dave St-Pierre (2012) et elle n’avait jamais été montrée en France. Le cérémonial est maintenant connu, le chorégraphe va nous accueillir en nous interdisant de façon iconoclaste de photographier ses danseurs nus. Le premier regard compte pour St-¨Pierre et il se passe pendant l’entrée des spectateurs. Ces derniers découvrent un plateau grand ouvert, des coulisses aux cintres d’où se dégage l’odeur du spectacle. Pornographie des âmes était blanc, lumineux et y a ri. Ici, l’affaire est sombre, 27 anges ligotés manquent de mourir suite au pétage de plomb de l’un d’entre eux qui veut mettre le feu à tout et surtout à deux amoureux en mal de vivre.

Ces anges-là, uniquement vêtus de leurs ailes, sont des envoyés de Cupidon et ils sont blasés, vulgaires, violents. Ils volent haut, se jetant par-dessus les multiples tables qui sont support à une scénographie venant chercher chez Preljocaj ( MC 14/22, ceci est mon corps) et Jan Fabre (Orgie de la Tolérance). La techno se fait crade et agressive, les hurlements et le son des corps qui se fracassent sont eux étouffants. Les lignes se raidissent et sculptent les corps avec rage. Il y a de quoi crier face à ce couple qui n’y arrive pas et qui avait pourtant, dans un pas de deux époustouflant fait de portés inattendus, montré une confiance inouïe donnée à l’autre.
Mais tout va mal, ça saigne pour de vrai entre eux, ils courent et se déchirent. Il faudra que les anges s’en mêlent, reprennent leurs esprits dans une scène hilarante, qui offre la respiration nécessaire et un happening délirant, de thérapie de groupe.

On connaît maintenant le gout de compilateur de Dave St-Pierre qui plagie ouvertement, tue, avale et digère ses pères et mères. Il prend Kontakthof? de Pina Bausch, l’étire à sa sauce et traduit en version 2012, la difficulté à être touché par les foudres de l’amour.

La troupe, athlétique, performe plus qu’elle ne danse. Il pousse ses interprètes à bout, en faisant des comédiens au besoin. Il puise ici, également, dans des codes hyper classiques, utilisant à foison des portés « saut tiré et attrapé » et « assisté » digne de Garnier. On sent chez Dave St-Pierre une connaissance immense de toutes les techniques de danse, il vient prendre ce qui sert son propos. Ici, il pose un regard, désabusé, mais avec un happy end sur un monde où « ce n’est pas le cœur qui fait le désir, c’est le cul ».
En cette veille de Saint Valentin, il le dit : avec beaucoup d’effort et de sueur, l’amour est possible !

 Visuel : ©  Wolfgang Kirchner

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

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