Danse
L’euphorisante Pornographie de Dave St-Pierre

L’euphorisante Pornographie de Dave St-Pierre

07 février 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Québécois foutraque s’offre pour ses 40 ans une trilogie au Théâtre de la Ville, pourquoi se priver quand on peut se faire plaisir ? Foudres (2012), Un peu de tendresse bordel de merde ! (2006) et vu hier en ouverture, le punchy Pornographie des âmes (2004). Tabernac, ça fait du bien !

[rating=4]

Déjà dix ans que Dave St-Pierre impose son art d’une danse chorale sur les plateaux. Mais, il reste méconnu du public français qui n’a eu que rarement l’occasion de voir son travail : en 2009, à Avignon pour Un peu de Tendresse bordel de merde !, qui fut repris en 2011 au Théâtre de la Ville. La trilogie présentée ici fait figure d’événement dans Landerneau.

On s’attend à trouver les interprètes à poil mais ils sont habillés sportswear pendant l’entrée du public. Dave Saint Pierre, petit bout barbu viendra saluer et nous demander, de façon agréablement imagée, de ne pas diffuser les images de nudité. Le spectacle s’installe, il a déjà commencé, et comme dans un film où le générique se prolonge alors que l’intrigue est déjà là, le « menu » nous sera annoncé après que les deux premiers actes aient été donnés. De la section A comme course, à Z comme « Glorieuze » en passant par I comme Gogo boy, les 29 interprètes, en ligne opèrent un teaser hilarant de ce qui va être vu.
Et c’est ainsi que Pornographie des âmes avance, dans une marche qui fait se déshabiller les danseurs avec douceur, pour venir explorer, à l’aide de scènes pensées comme des pages de pub, hachées et sans transition, l’état des lieux des relations humaines, le tout, XXIéme siècle oblige porté par une bande son efficace (même à l’entracte où on aura pu voir un Madisson être dansé sur Let’s get physical !)
Dans cette société-là, un homme s’avale lui-même, une fille harcèle son ex parti pour un mec, sur son répondeur en lui disant « J’ai pris une décision : je ne souhaite plus ton bonheur », le fameux gogo boy offre de dos (musclé) une danse lascive à la violence ténue…
Pour dire les petits maux qui font les grandes peines, Dave St-Pierre transforme les interprètes en machines qui dans des gestes (il ne s’en cache pas) massifs à la Vandekeybus, acides à la Jan Fabre, ou poétiques à la Pina Baush viennent trembler, chuter, exulter ou vrombir.
On rit comme on reprend son souffle après l’avoir coupé, dans un sursaut, emporté dans ce tourbillon où les émotions sont malmenées. On passe d’un viol à une danse joyeuse, d’une rupture à une scène de porno japonais. Il y a un rythme fou ici, porté par une bande son de boum de collège où en entend (entre autres) le tube « You are my High » de Demon accompagner une bande de « jeunes » dansant pour eux-mêmes alors qu’une, nue, brûle véritablement. Dans le lot, assaillies d’images, certaines s’oublient et d’autres se gravent, on le sait déjà, à vie. Il y a cette convulsion des corps, tous différents, de l’obèse au maigre, dans une lumière assourdissante, il y a ces filles en talons, comme des putes qui tiennent la pose le corps barré de bandes noires de censure. Il y a ces filles, nues comme des danseuses de bar à cul qui sur des podiums de lumière dansent frénétiquement.
Il y a un portrait exact d’une génération de trentenaires qui a dépassé la crise de nerf. Le spectacle a dix ans, ce qui n’entache rien à son actualité. Comment montrer autant, avec une énergie constante ? Comment faire passer de l’angoisse au rire sans transition ? Dave St-Pierre est un magicien qui sait comment et où nous toucher.
A voir.

Premier programme : lundi 10 et vendredi 14 : La pornographie des âmes

Deuxième programme : mardi 11 : Un peu de tendresse bordel de merde !

Troisième programme : mercredi 12 et samedi 15 : Foudres

Visuel : ©Wolfgang-Kirchne

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

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