Cinema
[Compétition] « Carol », les corsets languissants du mélo for women only

[Compétition] « Carol », les corsets languissants du mélo for women only

21 mai 2015 | PAR Yaël Hirsch

Après Loin du paradis, Todd Haynes revient en compétition à Cannes avec Cate Blanchett et Rooney Mara. Le réalisateur américain nous livre à nouveau un grand mélo, aussi subtil dans ses accessoires et son image, que lourd dans son message. Critique d’une mise en scène trompeuse de relation libre…

[rating=3]

Manhattan, années 1950.  Alors qu’elle rêve de photo, Thérèse est vendeuse dans un grand magasin. Sa rencontre avec l’élégante Carol, femme de la haute société en plein divorce, est un choc. Elle quitte emploi et fiancé  pour passer Noël sur les routes avec cette femme à la fois imposante et fragile… Mais attention, se montrer au grand jour en tant que femme qui aime les femmes dans l’Amérique des années 1950, c’est avoir des mœurs condamnables et qui risquent de priver Carol de sa fille…

Les fans de Todd Haynes voient en lui la réincarnation de Douglas Sirk et adorent Carol pour sa maîtrise du mélo et des détails. De notre côté, malgré une photo magnifique, une BO parfaitement léchée (Billie Holliday, Vince Giordano & The Nighthawks …), deux actrices sublimes et des costumes à faire pâlir les créateurs de Mad Men cela ne fonctionne pas. Brodé  sur une histoire convenue, partant en road trip classique et assénant le message de tous les films de Todd Haynes (les femmes qui ont lutté pour leur liberté l’ont payées cher dans nos sociétés patriarcales), le film dérape assez violemment sur la question de l’homosexualité féminine : alors qu’on ne croit pas une minute à l’attirance des deux actrices, la scène de sexe du film semble annoncée par des clignotants et des néons de motel. Pas léger. Et surtout, sous couvert de nous parler de deux femmes qui cherchent à exprimer librement leur  identité/sexualité, le film nous vend en fait la manipulation d’une jeune-femme par une séductrice plus âgée et manipulatrice comme si c’était le comble de la lutte libératrice. Ce n’est pas parce qu’elle est lesbienne qu’il faut nous faire croire que le personnage de Carol est une héroïne et une martyre. Un homme qui quitterait femme et enfant pour une femme (ou un homme) trop jeune pour comprendre dans quoi elle (ou il s’embarque) serait dépeint comme un ou pervers narcissique. Alors rendons à Carol ce qui est à Carol et ce n’est pas parce que ses corsets sont jolis, qu’ils libèrent la taille et les idées… La nostalgie et le mélo chez Haynes cachent aussi, sans nous l’avouer, le regret louche d’une aliénation passée…

Carol, un film de Todd Haynes. D’après Patricia Highsmith. Avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Sarah Paulson, Kyle Chandler. Drame, Américain. Durée : 1h58.

Visuel : © UGC Distribution

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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