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Mrs America sur Canal + : Cate Blanchett lumineuse à contre-courant

Mrs America sur Canal + : Cate Blanchett lumineuse à contre-courant

19 avril 2020 | PAR Yaël Hirsch

La nouvelle mini-série en 10 épisodes sur Canal + nous plonge au coeur de la guerre des femmes dans les Etats-Unis de 1972, en plein cœur de la campagne de Trump. Avec pour héroïne non pas l’avant-gardiste Gloria Steinem mais son opposante, aujourd’hui un peu oubliée, la conservatrice, républicaine et anti-Equal Rights Amendment Phyllis Schlafly interprétée par Cate Blanchett, lumineuse dans ses tenues Jackie O. 

Etats-Unis, 1972, Phyllis Schlafly a la quarantaine bien avancée, plusieurs enfants, un mari avocat (Joh Slattery), de belles études derrière elle, un vrai talent pour la pâtisserie et une immense ambition politique. Républicaine et anti-communiste convaincue, on la rencontre sur un plateau de télévision à argumenter contre les accords SALT avec l’URSS. On découvre  qu’elle a beaucoup publié sur des questions de défense et qu’elle envoie régulièrement un bulletin d’information à son nom à un réseau de femmes républicaines et influentes dans le pays. Montée de sa banlieue d’Illinois à Washington pour faire valoir ses arguments sur des questions militaires, elle est prise à partie sur la grande affaire qui secoue Washington : l’Equal Rights Amendment défendu physiquement par Gloria Steinem, Bella Abzug et Betty Friedan et que la plupart des politiciens en pleines primaires de leur parti s’apprêtent à soutenir pour « laisser quelque chose aux féministes ». Rencontrant vite un écho quand elle répète les paroles d’amies disant avoir peur d’être envoyées aux Vietnam et de perdre les prestations compensatoires si elles divorcent, le droit de préférer élever leurs enfants et s’occuper du foyer si elles sont mariée, elle se rend compte que ce thème est son billet d’entrée dans une brillante carrière politique. Alors que l’amendement a été adopté au niveau fédéral mais doit être voté, état par état, elle se lance dans une grande campagne politique …

Quelle surprise pour son premier rôle dans une série, de trouver Cate Blanchett dans un rôle à la fois à contre-courant de la vague féministe qui nous et complexe ! A la fois hérissante dans ses positions réellement conservatrices et aujourd’hui rétrograde, en retard mais classe dans son style années 1960 et sa pensée maccarthyste quand les années 1970 sont là mais aussi brillante, bonne politicienne, femme capable d’enjôler, multi-tâches, et prise dans ses paradoxes, cette Phyllis Schlafly au nom gonflé de L est un très beau personnage. Efficacement construite, ne simplifiant jamais ni cette grosse machine qu’est une élection présidentielle américaine, ni les querelles qui ont eu lieu (et ont peut-être encore lieu) au sein de féminisme entre classe, croyances, appartenance ethniques et calculs politiques, la série intelligente imaginée par la réalisatrice canadienne Dahvi Waller fait grandement réfléchir en montrant à part deux camps retranchés et en émulsion souvent « sororicides » autour de Schlafly et Steinem. Les trois premiers épisodes disponibles rendent accro en donnant l’impression d’ouvrir l’accès sur les sources des querelles sur la place des femmes que nous vivons dans notre ère post #metoo.

Mrs America, de Dahvi Waller, avec Cate Blanchett, Rose Byrne, Sarah Paulson, Uzo Aduba, Elizabeth Banks, Kayli Carter, James Marsden, Niecy Nash, John Slattery, Etats-Unis, 2020, 10×52 min, Canal +.

visuel : © 2020 FX Productions

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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