Cinema

Critique: Mr Nobody, Une vie/ plusieurs destins

20 septembre 2009 | PAR Gilles Herail

Jaco van Dormael est un réalisateur qui tourne peu mais bien. Son dernier film, Mr Nobody, est un projet ambitieux, presque fou, et surtout très cher (30 millions d’euros). C’est aussi une œuvre unique qui va à coup sûr diviser.


mr-nobody-1On retrouvait déjà dans le 8ème jour la patte du réalisateur : un goût pour les couleurs vives, l’inventivité de chaque plan, l’utilisation régulière des ralentis et des airs d’opéra. Le style d’un amoureux de cinéma, d’images et de lyrisme, qui n’évite pas toujours la surenchère. Mr Nobody s’inscrit dans cet univers tout en empruntant à d’autres grands maîtres du genre. On pense évidemment à Gondry pour ce gout du bricolage permanent, mais aussi à Jeunet dont le ton poético-ironique semble habiter certaines scènes.


Qu’a donc bien voulu nous raconter Jaco Van Dormael ? La question n’est pas tranchée. La mécanique du film est centrée sur le personnage de Jared Leto : il incarne le dernier humain mortel dans une société futuriste où la médecine empêche le vieillissement. Sur le point de rendre l’âme, il va se remémorer sa, et surtout SES vies passées. Mr Nobody est construit sur ce flash back, traduit par un habile montage de scénettes illustrant les différentes étapes de son existence. Sa mémoire, à géométrie variable, est libérée de toute contrainte de cohérence. Le film s’appuie sur les moments clefs où un choix peut entrainer un tournant irréversible (un petit garçon qui doit décider de vivre avec son père ou sa mère). Mais au lieu de choisir, Mr Nobody nous offre une vision simultanée des conséquences de chaque alternative.

mr-nobody-2La narration est déstructurée, éclatée, entre les âges, les époques, les femmes, les amours et les vies possibles du héros. Si le procédé interpelle et séduit, il a tendance à lasser sur plus de 2 heures. Difficile de s’attacher et de s’émouvoir pour un personnage dont chaque choix se retrouve remis en cause quelques instants plus tard. Les dernières minutes sont cependant très réussies et apportent des clefs pour mieux appréhender le reste du film, ses questionnements sur le temps, le destin, et les « effets papillon ».

Mr Nobody est un film passionnant et passionné. Comme dans Big Fish de Burton, le spectateur doit progressivement renoncer à savoir LA vérité, et accepter ces histoires parallèles souvent contradictoires. On se retrouve cependant un peu perdu, noyé par la multiplication des situations et des personnages. Un peu plus de simplicité aurait été bienvenue pour évoquer le thème central du film qui n’est finalement « que » l’amour et les femmes que le héros a (ou aurait pu) aimées.

Gilles Hérail

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