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Cinemed, jour 1 : Carlos Saura amène à nous les musiques d’ « Argentina », la radieuse  Valeria Golino ouvre la 37e édition du Festival

Cinemed, jour 1 : Carlos Saura amène à nous les musiques d’ « Argentina », la radieuse Valeria Golino ouvre la 37e édition du Festival

25 octobre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Sous un ciel bien plus clément que celui du Paris de la FIAC, cette ouverture de la 37e édition du Festival Cinemed à Montpellier est effectivement la journée des premières : première fois que Toute La Culture est sur place pour couvrir l’événement, magnifique premier film de la compétition « Dolanma » et deux avant-premières marquantes Argentina de Carlos Saura et Per Amor Vostro de Giuseppe M. Gaudino. Rôle principale de ce dernier film, Valeria Golina, invitée d’honneur du Festival, a officiellement déclaré que Cinemed avait commencé!. 

Arrivés autour de l’heure du déjeuner, nous avons eu le temps de nous acclimater à la fois à la douce température et à l’immensité du centre imposant qui contient 3 des 4 salles où ont lieu les projections de Cinemed, le Corum, avant de manger une grillade en plein air, non loin de la place de la Comédie, et au milieu d’une journée très animée par une grande célébration de la langue Occitane. Bienvenu(e)s à Montpellier ! Voilà qui nous a bien préparés à la jovialité et à l’attention des spectateurs de Cinemed, qui ne manquent jamais une occasion d’applaudir et entament toutes les séances en battant le rythme du flamenco de la bande-annonce du festival.

Mais dès 14h, nous étions plongés dans l’obscurité concentrée de la salle Einstein pour voir un très beau documentaire en compétition, signé Nathalie Rossetti et Turi Finocchiaro. Alors que ce dimanche 25 avril, Cinemed prévoit une séance spéciale Arménie à 16h avec un film sur le centenaire du génocide, Le Printemps des Arméniens de Gilles Cayatte et une signature de la BD Le fantôme arménien (Futuropolis) en présence de Thomas Azuelos, le film Chœurs en exil que nous avons pu voir ce samedi 24 octobre suit un couple d’arméniens exilés en France dans un voyage initiatique qui les mène sur les traces du chant traditionnel orthodoxe. Avec des plans qui s’enchainent comme des tableaux, baigné de ce chant à cappella parfaitement magnifié et expliqué par des acteurs vibrant du désir de perpétrer une tradition malgré la destruction et la diaspora, ce film est une odyssée qui embarque doucement le spectateur vers tout un monde sacré.

Nous avons enchainé avec un autre voyage dans l’immense salle Berlioz avec le Argentina de Carlos Saura. Présenté jovialement par le Président du Festival, Henri Talvat, Carlos Saura s’est exprimé succinctement en Français, mais l’émotion était là en quelques paroles. Et le film, qu’il nous a enjoint de classer dans le genre qu’il a su créer autour de la musique et de la danse, est un véritable éblouissement. Saura a réuni sur la scène d’un théâtre un grand nombre de traditions de chants et danses populaires d’Argentine. On commence avec la mise en place des miroirs sur la scène où tout le pays va nous être apporté comme sur un plateau. Et c’est dans la laque noir du piano que la musique commence, joyeuse et familières. Après, plus un mot, rien que le son, les voix, les corps qui dansent dans des justaucorps et devant des panneaux aux couleurs ou couleurs pures qui sont la signature du maître : noir, rouge, jaune. Zambas. La musique ne s’arrête jamais, les plages s’enchainent et c’est un intertitre qui précise à chaque fois la nature de ce que l’on écoute : Zamba, Chacacera, Diablada, Baguala, baleicito… Comme à chaque fois, la caméra de Saura nous trouble par son inventivité, jouant de la lumière, caressant les corps les visages et semblant fonctionner comme un autre instrument au cœur de la musique. Cette créativité culmine lors des deux hommages qui encadrent le film : des enfants battent le rythme de leur table de classe en entendant la voix de Mercedes Sosa. Et la caméra zoome sur la photo du chanteur Atahualpa Yupanqui dans une comptine bouleversante sur Dieu et la Justice sociale. On sort du film comme d’un enchantement, éblouis par tous les sens et enrichi de mille voix et cent murmures qui nous ont permis de traverser l’Argentine de part en part. Merci, maestro ! A voir pendant les vacances de Noël puisque le film sort en France le 30 décembre 2015.

Les belles surprises ont continué dans cette première journée de festival, puisque le premier film de la compétition était aussi un bijou. Premier long-métrage du réalisateur turc Tunc Davut, Dolanma est une fable originelle qui mêle les thèmes de Cain et Abel et Hansel et Gretel dans une forêt près d’un village reculée de Turquie. Les deux frères sont ici Kemal et Cemal. L’aîné est une brute qui a fait de la prison et fume à la chaine, le cadet est doux, rêveur, quasi-végétarien et fanatique de son chien. Ayant récemment perdu leur maman, ils s’organisent sur un mode de survie dans les bois tout à fait étrange. Lorsque l’aîné ramène une femme, Nalan, dans leur cabane, leur vie évolue sournoisement… Photo magnifiques, acteurs impressionnants et rythme lancinant très maîtrisé, Dolanma est d’une grande beauté. Le cadrage est ce qui, souvent, crée une sensation d’inquiétante étrangeté et ramène certaines scènes banales à la violence percutante de scènes originelles.

Nous avons passé la fin de l’après-midi en présence d’un personnage de looser magnifique avec le producteur « Dallas » inventé par le réalisateur marocain Mohamed Ali El Mejboud et campé avec brio par Aziz Dades. Homme de cinéma reconnu, mais alcoolique et connaissant une très longue traversée du désert, « Dallas » est secondé par une inconditionnelle assistante au look improbable des années 1970. Lorsqu’un richard vient lui commander un film, Dallas vend son âme au diable, non sans protester avec maintes grimaces… Il y a de l’humour, de la parodie, de l’autodérision et des choses intéressantes sur les conditions de tournages au Maroc dans cette comédie qui puise directement aux racines du réalisateur égyptien Youssef Chahine. Grâce aux acteurs et à ce scénario décalé, on passe un délicieux moment.

A 20h30, l’heure importante est arrivée, ce samedi 24 octobre 2015 : après un film de présentation de l’ensemble du festival fait par les étudiants de l’ESJ, la divine Valeria Golino est venue ouvrir cette 37e édition. Elle avait déjà créé une petite émeute dans le hall du Corum quand elle s’est prêtée au jeu des questions de l’ESJ, sur scène, celle qui vient tout juste de fêter ses 50 ans a suscité l’admiration de tous. Pantalon noir et jolie blouse de la même couleur, à la fois rayonnante et infiniment naturelle, elle s’est enthousiasmée de voir l’immense salle Berlioz pleine à craquer avant de nous enjoindre à entrer dans Per Amor Vostro de Giuseppe M. Gaudino. Un film baroque et exigeant qui lui a valu la coupe Volpi de la meilleure actrice cette année au Festival de Venise et qui a ensuite été projeté. Dans Per Amor Vostro, Valeria Golino incarne Anna, une sorte de mère courage élevant 3 enfants sont un adolescent sourd, prenant un travail comme scripte à la télévision et craignant un mari qui est tombé dans l’argent facile de l’usure. Structuré comme un triptyque de la renaissance, le film brouille les repères entre rêve, réalité et iconographie catholique. Péché, résurrection, copulation côtoient le portrait d’une femme résolument moderne, le tout dans un patois et un magnifique décor napolitains. Un film dans lequel il faut rentrer, sous peine de vraiment détester les auréoles camp et les dramatisations en noir et blanc d’une vie « banale » sublimée en existence de martyre sacrifiée au nom de son frère, puis de sa famille.

La soirée s’est terminée par un cocktail chaleureux verre au cœur du Corum où l’on a pu parler des films de la journée. Et d’une escapade à Montpellier où l’on a pu entendre des jeunes chanter la Marseillaise et danse sur de la transe progressive…Il est temps de passer à l’heure d’hiver pour rencontrer ce dimanche 25 octobre au matin la grande Valeria Golino dans une interview que nous avons hâte de réaliser !

Photos : YH

portrait de Melik Ohanian, Prix Marcel Duchamp 2015
« Tous selfie » : Pauline Escande-Gauquié décrypte la folie des selfies
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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