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Ces amours là de Claude Lelouch : Laurent Couson, Premier Rôle

Ces amours là de Claude Lelouch : Laurent Couson, Premier Rôle

05 septembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Vous voyez sa nuque affichée dans tout Paris, sur l’affiche du prochain film de Claude Lelouch «Ces amours-là» (à l’affiche le 15 septembre). Compositeur et chef d’orchestre, Laurent Couson avait déjà écrit la musique de deux  films de Claude Lelouch : «Les Parisiens», « Le Courage d’aimer ». Dans «Ces amours-là», ce talentueux jeune-homme débute sa carrière de comédien en  commençant directement dans le premier rôle du film : Simon, un ancien déporté qui survit aux camps de la mort grâce à son art de pianiste. Rencontre avec une des grandes révélations du Cinéma Français.

Comment êtes vous passé du rôle de compositeur à la double casquette compositeur et comédien dans le film « Ces amours-là » ?
Quand on est compositeur pour Claude Lelouch, on a une situation privilégiée, parce qu’on est le premier à lire le scénario, et pratiquement le seul, puisque les comédiens pour la plupart ne le lisent pas : Claude leur raconte oralement l’histoire, mais ne leur donne pratiquement jamais le scénario. Le compositeur reçoit le scénario à l’avance puisque Lelouch est l’un des seuls réalisateurs au monde à enregistrer l’intégralité de sa musique avant de le tourner. Quand j’ai reçu le scénario de «Ces amours-là», je me suis demandé qui allait interpréter le rôle de Simon et prié le ciel pour que Lelouch n’ait pas encore trouvé son acteur. Je lui ai posé la question assez rapidement, il avait auditionné un peu tout Paris, mais il me dit : « Tu sais je ne suis pas convaincu, et je n’y arrive pas parce que ça sonne faux, parce que avec tous ceux que j’ai vu je sais que je en vais pas avoir ce côté touchant que je veux avec la musique, donc pour l’instant je n’ai personne.»  Je lui ai dit : «Tu l’as peut-être en face de toi.»  Je l’ai vu frémir, j’ai alors senti qu’il y avait déjà pensé. On a fait des essais, ça s’est bien passé et après il a fallu convaincre toute l’énorme machinerie d’une production de cinéma, ce qui n’a pas été une chose simple, mais lui a tenu bon, et il a même dit : « Je ne ferai pas le film si Laurent ne le fait pas.» Claude m’a fait réaliser un rêve que j’avais depuis toujours, celui de jouer la comédie. J’espère que grâce à lui je vais continuer.


Etait-ce facile pour vous de suivre le réalisateur dans tous les genres musicaux que le film donne à entendre ?

J’ai commencé par faire de la musique classique, j’ai une formation classique de conservatoire, très sévère et très aride. Après très vite je me suis intéressé au jazz, j’ai rencontré Didier Lockwood qui m’a emmené dans les territoires du jazz et d’un seul coup j’ai découvert un univers de liberté où l’on n’était plus obligé d’avoir une partition et où l’on pouvait improviser, il y avait un vrai échange, et puis après je me suis intéressé beaucoup à la chanson en réalisant pas mal d’album de variétés. C’est vrai qu’il y a un seul art où l’on peut réaliser, sans que personne ne vous le reproche, une chanson, un morceau de musique symphonique, c’est le cinéma. Puisque d’un seul coup dans une partition de musique de film on peut passer de l’un à l’autre très rapidement. Et c’est vrai que «ces amours-là» était un cadeau ultime fait à un compositeur, et surtout à un gars comme moi qui s’intéresse à tous les domaines de musique à partir du moment où elle est bonne, c’est que là j’avais affaire à des chansons de rue style années 1940, à des morceaux de Bebop, des musiques symphoniques, de la musique classique, des arrangements sur des standards, donc ça couvrait tout ce que j’aime en un seul film. C’était un super cadeau, mais c’est aussi ce qui fait toute la force du film. La musique est le nerf qui irrigue tout le film «Ces amours- là». Il s’ouvre et se referme par la véritable scène d’enregistrement de la musique en studio. Parce que c’est en réécoutant toutes les musiques de sa vie que le personnage d’Ilva peut le revoir et la revivre.

Qu’est ce qui vous a touché dans le personnage de Simon ?
Il n’est pas si éloigné de moi dans son aspect un petit peu autiste, renfermé, pas sûr de lui. Ce qui est étonnant c’est que ce personnage, ce musicien un peu timide, ce n’est pas la gloire qui va le faire se révéler à lui-même, c’est le malheur. Ce sont les épreuves de sa vie qui vont lui permettre de prendre conscience de ce qu’il est vraiment et de la trajectoire de vie qu’il veut suivre. J’ai trouvé cela magnifique. Finalement, Claude ma souvent dit cette phrase :  « Le pire n’est jamais décevant » ; et je crois que cela s’applique beaucoup au destin de ce personnage.

Était-ce particulièrement difficile pour vous de jouer un personnage de déporté. Votre histoire résonne-t-elle aussi sur cet aspect avec celle de Simon ?

Je n’ai pas d’histoire qui résonne fort chez moi. Mais évidemment on pense forcément à énormément de choses. La direction de Claude Lelouch m’a énormément aidé. Alors que la reconstitution du train ou du camp en studio était extrêmement impressionnante, surtout en pleine, nuit, il m’a dit : « Quand tu vas rentrer dans ce train, tu ne sais pas ce qui va t’arriver. Et quand tu en sors, tu ne sais pas non plus où tu es. Donc tu n’as pas de raison ni de jouer la peur, ni de jouer le drame, ni de jouer quoi que ce soi. La seule chose que tu as à faire c’est observer l’environnement, regarder ce qui se passe autour de toi et être simplement une victime de ce qui t’arrive, mais si tu commences à jouer la peur, la frayeur, le chagrin, le truc est loupé car ce n’est pas ce qui s’est passé. Je pense vraiment que ce n’est pas ce qui s’est passé, surtout au moment historique où ont lieu les scènes puisqu’il s’agit des premières déportations en 1941, les gens ne savaient pas où ils allaient. On les rassurait énormément à l’entrée du train et à l’arrivée aussi. Donc tout était fait pour qu’ils ne sachent pas exactement ce qui allait leur arriver.»

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans ce nouveau métier pour vous qu’est le métier de comédien ?
Le corps. J’ai du perdre une dizaine de kilos pour jouer Simon, et ça ca n’était pas le plus difficile. Perdre du poids ca m’a fait du bien ; il m’a suffit d’arrêter de boire un tout petit peu, de manger de la salade et de courir. Mais oui, le truc le plus difficile quand on joue la comédie c’est d’être à l’aise avec son corps.


Et qu’est ce qui vous a aidé ?

Je crois que mon travail de chef d’orchestre m’a beaucoup aidé. Jouer la comédie et faire le chef d’orchestre c’est deux choses qui se ressemblent beaucoup, parce que le métier de chef d’orchestre c’est un métier qui est très proche de celui de comédien : on joue avec ses yeux, on joue avec ses mains, on joue avec ses gestes, on est obligés d’adopter les attitudes que la musique veut que l’on adopte et cela ça ressemble à l’interprétation d’un texte par un acteur.
Mais ce qu’il faut travailler quand on est comédien, et ça c’est vraiment Lelouch qui me l’a appris, c’est d’en faire le moins possible. Il n’a pas arrêté de me répéter : « Ne fais rien ». Et c’est vrai que je me souviens du premier jour de tournage lors d’une des scènes les plus difficiles du film, et j’ai commencé à en faire des tonnes dans le pleurnichement, dans l’émotion exacerbée. Il m’a tout de suite dit « C’est ridicule, ne fais rien, ne fais rien » et il n’arrêtait pas de me répéter ça. Et finalement je crois que jouer la comédie c’est un peu comme faire de la musique : comme il y a des gens qui chantent juste ou faux, il y a des gens qui jouent juste ou faux. Or les gens qui chantent faux, c’est quasiment impossible d’arriver à les faire chanter juste un jour, vraiment. Et les gens qui jouent faux, c’est également très difficile de les faire jouer juste un jour. Peut-être que j’avais cette propension à jouer juste et après la direction d’acteurs de Lelouch, avec son immense générosité, sa joie communicative, donne envie de tout lui donner. De toutes façons ce qui est bien, c’est qu’on est en face de quelqu’un qui est enthousiaste en permanence. Par exemple, on arrive dans un club de jazz, on boit un verre de Whisky, et il vous dit «Tu ne pouvais pas mieux boire ce verre de Whisky». Il est sans arrêt ébahi de ce qui vient de se passer. Cela donne envie de bien jouer.  Je crois que dans les films de Lelouche, il est rare de trouver quelqu’un qui a mal joué.

Les autres comédiens du film vous ont-t-ils donné de bons conseils ?
On n’était pas tellement à même de se donner des conseils car on en était tous au début. On était toute une bande de jeunes qui faisaient pour la plupart leur premier film, comme Raphaël d’ailleurs, mes deux camarades Jacky Ido et Gilles Lemaire. Audrey (Dana) avait déjà fait plusieurs films, mais c’était l’un de ses premiers rôles de cette importance. On s’est tous serré les coudes, parce qu’on avait tous un trac fou sur ce premier film, on était tous très impressionné que Lelouch nous ait confié cette responsabilité. Et il faut lui rendre hommage car il n’y a aucun autre réalisateur de sa trempe et de son niveau qui serait capable de faire ça. Et je crois qu’une des réussites du film c’est cette fraicheur : de nouveaux visages, de nouvelles façons de jouer, et puis le fait qu’on soit neufs, pas usés, c’est cela qui donne son parfum de vérité au film.

Qu’est-ce qui fait la « magie » des films de Lelouch ?
Claude n’est jamais dans la démonstration de force, ni dans la technique, ni dans l’intelligence dans ce que ça peut avoir de plus péjoratif ; il est toujours dans l’émotion, dans l’humain et dans le cœur. La magie des films de Lelouch, je crois que c’est ça. Quand il filme le bonheur, quand il filme le malheur, il le filme avec son cœur uniquement. Jamais avec son intelligence, c’est ce qui fait que son univers est magique, touchant, et beau. Et aussi que certains l’adorent et d’autres ne l’aiment pas.

Y-a-t-il la même ambiance aujourd’hui dans les boîtes de jazz quand dans celles du film ?
Ce n’est plus du tout la même chose. Il y a un truc, c’est que les boîtes de jazz dans les années 1940 et 1950, on n’y allait pas seulement pour danser, pour faire la fête, et écouter de la musique. On y allait surtout pour se cacher et parce que c’étaient les seuls endroits où pendant le couvre feu, on pouvait faire du bruit. Donc c’était un des seuls endroits de rencontre et de convivialité. La musique était là comme ambiance, mais elle était toujours un prétexte aux rencontres. Là, par exemple, ce qui est joli, c’est quand l’avocat Simon a gagné un procès : son premier réflexe c’est d’aller dans la cave pour aller le fêter. Cette cave de jazz a dans le film une valeur très symbolique car tous les personnages y passent sans jamais se croiser. Ils y prennent les grandes décisions de leur vie, ils y tombent amoureux, et ils s’y séparent. Claude a fait de la cave de jazz le lieu très symbolique des rencontres et des séparations.


A la fin du mois d’octobre, vous jouez et chantez « Monsieur Luxure » au Théâtre de la gaîté, un spectacle musical que vous avez également composé et produit. Dans ce spectacle, Monsieur Luxure est un artiste éperdument amoureux des femmes et éperdument insatisfait tant qu’il les classe avec machisme en catégories. Le personnage d’Ilva dans le film de Lelouche fait il exploser toutes ces catégories ?

Le personnage d’Ilva ressemble beaucoup à celui de Monsieur Luxure parce qu’elle n’agit que selon son instinct et selon son cœur. Elle est attirée par une seule catégorie d’hommes : les courageux, qui lui sauvent la vie, et elle les remercie à la fois avec son cœur et avec son corps. C’est une femme dont il est impossible de ne pas tomber amoureux.

 


Ces Amours-Là : Bande-Annonce (VF/HD)
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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

5 réflexions au sujet de « Ces amours là de Claude Lelouch : Laurent Couson, Premier Rôle »

Commentaire(s)

  • Weby boy

    En dehors du profond respect mutuel que vous pourriez avoir l’un pour l’autre Messieurs COUSON et LAI qu’en a t il été de votre collaboration n’ai trouvé aucune interview commune ou mot de l’un sur l’autre… Et pourtant quel résultat !

    juin 4, 2011 at 0 h 53 min

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