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Cannes, jour 3 : Un passé magnifique, le retour de Marcel Ophuls, l’émotion Quillévéré et Lilly Wood and the Prick sur la plage

Cannes, jour 3 : Un passé magnifique, le retour de Marcel Ophuls, l’émotion Quillévéré et Lilly Wood and the Prick sur la plage

18 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch


La journée a commencé sous le soleil exactement, avec la projection matinale pour la presse du superbe film d’Asghar Farhadi, « Le passé », en compétition et dont la beauté profonde et complexe a continué de diffuser ses effets sur nous toute la journée. A la conférence de presse, radieuse dans un bleu Yves Klein, Bérénice Bejo a souligné combien un niveau d’exigence tel que celui du réalisateur iranien était rare et combien cela poussait un comédien à se sublimer, cheveux quasi mi-longs et gominés, Tahar Rahim l’a joué plus détendu devant le micro que sa collègue de plateau. A voir à Paris ce week-end même.

Petit footing le long de la Croisette et nous avons boudé l’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie (Un certain regard) pour nous régaler devant les mémoires filmées de Marcel Ophuls. Le fils de Max Ophuls, octogénaire énergique a connu tout le gratin du 7ème art entre Paris, Los-Angeles et Berlin et se livre avec liberté et facétie. Le film est un bonheur à déguster. Extrait préféré ? Le moment où assis aujourd’hui à table avec Jeanne Moreau (qui a joué dans son premier film), Marcel Ophuls se demande avec douleur si son meilleur ami, François Truffaut n’aurait pas bien aimé sa femme jusqu’à avoir une liaison… Ce à quoi, avec le plus grand naturel, et du fond du cœur, Jeanne Moreau lui répond « On s’en fout, non ? ». Et la belle d’ajouter quelques minutes plus loin quand Ophuls se moque de l’ennuyeux Antonioni et rappelle qu’il a défendu en tant que critique : « Le Juif Suss »: « Vous perdez votre temps à ne pas aimer les gens, vous ? ». « Un Voyageur » est un journal de monde à voir…

14h, sachant qu’on côtoierait la soirée, nous avons fait une incartade au « Miele » de Valeria Golino. Pourquoi juste une incartade ? Parce que l’adaptation du roman par la belle napolitaine est une sorte de fable fatale sur l’euthanasie, revue à la sauce Fellini. En missionnaire de la mort choisie et garçonne ébouriffée, Jessica Trinca a beau être adorable, les plans surexposés, volontiers à travers vitres et miroirs, et les scènes surjouées sont à la limité de l’intolérable. Et le kitsch culmine avec le requiem des mourants étant même choisi par la belle et compris dans le forfait. Nous avons passé notre tour…

…Pour attraper en plein vol, le film de Katel Quillévéré, « Suzanne » que nous avions raté hier en ouverture de la Semaine de la critique ; re-footing sur la Croisette sous un soleil de plomb. Mais ça valait drôlement le coup : toute l’équipe était présente pour présenter le film, qui est un véritable bijou. Adèle Haenel et surtout Sara Forestier y jouent à contre-emploi de la joie de vivre névrosée qu’on leur a souvent imposée jusque-là. En père célibataire, François Damiens est, à son habitude, magistral. Et Paul Hamy tout simplement parfait. Un grand film, parfaitement cadré, joué, pensé et accompagné de musique marquante.

Le temps de rentrer passer une robe et la Terrazza Martini nous attendait avec les rayons rasants du soleil couchant et un air frais délicieux. Cocktails piscine de Martini, foule assez mélangée, quelques « peoples », dont derrière le cordon VIP qui menait à la soirée du film « Miele », le ténébreux acteur italien Riccardo Scarmaccio, et surtout de la bonne musique qui donnait envie de danser avant 9h. C’est dans ces eaux-là que le groupe Lilly Wood and the Prick est entré en scène pour un mini-concert d’environ cinq titres. La belle a fait entendre sa puissante voix rauque, ses boys ont mis la Terrazza à l’unisson d’un rythme très rock. Heureux et joueur, le public a battu des mains et repris en chœur le tube « California » et nous nous sommes laissés émouvoir par le simple et profond « Love Song ». Une réserve d’énergie géniale pour poursuivre la soirée …

Devinez où ? Et oui, au Palais du festival où les mauvais élèves de toute la culture qui étaient allés boire du prosecco et écouter du rock au lieu de se concentrer sur la compétition ont pu faire une petite séance de rattrapage immédiat de « Tel père, tel fils » du japonais Hirokazu Kore-Eda. Malheureusement, cette histoire d’échange d’enfants et cette réflexion cinématographiquement superbe sur la filiation et l’éducation n’apportaient rien de très nouveau.

La soirée s’est finie sagement par un verre (de coca light) à l’hôtel 3.14, alors même que les fêtes de Canal + et de la Wild Bunch commençaient…

A demain pour quelques nouvelles de la Croisette, avec deux mastodontes en compétition : « Jimmy P. » de Desplechins et « Inside Llewyn Davis » des frères Coen. Il y a aura aussi une représentation remarquable de femmes cinéastes puisque Rebecca Zlotowski et Flora Lau seront projetées à « Un certain regard » avec « Grand Central » et « Bends ».

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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