Cinema
Le voyageur : Marcel Ophuls revient sur une vie de cinéma pour la Quinzaine des Réalisateurs

Le voyageur : Marcel Ophuls revient sur une vie de cinéma pour la Quinzaine des Réalisateurs

17 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

 

 

 

A quatre-vingt ans passés et 18 ans sans film, le réalisateur du « Chagrin et la Pitié »(1969) accomplit la tâche que son meilleur ami, François Truffaut, lui avait laissée avant de partir : écrire ses mémoires. Un voyageur est un documentaire précieux, pétillant d’humour et où le fils du grand Max Ophuls revient sur 80 ans de cinéma.

Fils du grand réalisateur allemand Max Ophuls (Libelei, La ronde, Lettre d’une inconnue), Marcel (qui appelle toujours son père par son nom entier!) nait à Berlin qu’il est obligé de quitter à l’âge de 5 ans avec la prise du pouvoir par Hitler. Une fois en France, le fils suit les nombreux tournages de navets du père qui tente de survivre, à Neuilly. Après la débâcle, Max étant recherché et homme à abattre pour les nazis, Jouvet fait passer la famille en Suisse, puis de là Lisbonne et Hollywood. Dans la première partie du film, le très vert et jovial Marcel Ophuls revient sur tous les lieux de son enfance, en racontant cet âge où il était privilégié en parallèle avec la carrière et les succès de son tombeur de père. Max meurt jeune, en 1957, laissant au jeune Marcel, né dans le 7è art, un peu d’espace pour se faire un prénom. C’est avec l’aide de François Truffaut et de Jeanne Moreau qu’il fait « Peau de banane » (1963), une fiction qui connaît son succès, mais le deuxième film étant un flop, le jeune-homme se tourne vers le journalisme, avant de revenir vers le cinéma à travers le documentaire, genre où comme le lui dit Costa-Gavras, il laisse une marque doublement historique. Sorti en 1969, avec des interviews exceptionnelles (Pierre Mendès-France est ici mis en avant), ce documentaire qui a fait bondir la ministre Simone Weil et a longtemps provoqué l’ire de l’ORTF a montré les multiples visages, héroïque, criminels, mesquins, sadiques ou le plus souvent lâches, des Français pendant la guerre. Un documentaire palpitant, qui avec l’essai sur la France de Vichy de Robert Paxton est venu à bout du mythe gaulliste d’une France tout entière résistante. Pour ses autres documentaires-clé, sur l’impact des procès pour crime contre l’humanité (« The Memory of Justice », « Hôtel Terminus »), Marcel Ophuls narre avec humour, les difficultés terribles qu’il a rencontrées.

Citant aussi bien Brassens que Brecht, Marcel Ophuls est une mine d’anecdotes sur les grands du cinéma du 20ème siècle de lunchs avec Preminger en déjeuner avec Dietrich, c’est surtout sa formidable liberté que ce fan du cinéma américain des années 1940 met en scène. Un très beau moment de vie, de cinéma et d’histoire du cinéma où l’on a envie de dire à ce maître qui ne se prend pas au sérieux « Chapeau Bas » !

« Un voyageur » de Marcel Ophuls, France, 1h46. En compétition de la Quinzaine des réalisateurs.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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