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Cannes, jour 2 : Russie dure, poétique jeunesse de l’ACID et nouveau Ken Loach

Cannes, jour 2 : Russie dure, poétique jeunesse de l’ACID et nouveau Ken Loach

17 mai 2019 | PAR Yaël Hirsch

La Croisette commence un peu à se remplir ce jeudi 16 mai, et dès huit heures du matin l’activité démarre dans un Cannes tourbillonnant où nous avons vu un bon nombre de films, réalisé deux interviews et profité d’un soleil annoncé rare jusqu’au palmarès. 

 

La matinée a commencé du côté de la salle Debussy avec un film de la section Un Certain regard. Après Tesnota, découvert dans la même section en 2017 (voir notre interview vidéo), Kantemir Balagov se lance, avec Une grande fille, dans un film historique, qui a lieu juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Deux femmes qui ont servi au front, Macha et Iya, se retrouvent alors que Iya travaille comme infirmière dans un hôpital de Leningrad. Entre désir d’enfant et traumatismes de la guerre, leur lien fort et sauvage évolue sur fond de terrible misère et de mort omniprésente. Un film pas évident, dans son rythme, mais qu’on a pu aussi trouver maîtrisé et au final fascinant. Avec une splendide actrice : Vasilisa Perelygina.

A 11 h 30, place à l’animation à Un certain regard avec l’adaptation du roman de Yasmina Khadra Les Hirondelles de Kaboul par Zabou Breitman pour les dialogues, avec Ella Gobbe Mevellec à l’image. Côté voix des personnages, il y a d’immenses acteurs : Simon Abkarian, Hiam Abbas, Swann Arlaud, Zita Hanrot et plusieurs comédiens de la Comédie française. Les dessins sont assez poétiques, mais les dialogues un peu trop pédagogiques en français, la lenteur de la mise en place, les recours massifs et un peu gratuits aux flash-back nostalgiques d’un Kaboul « moderne » d’avant l’islamisme empêchent d’entrer dans l’intrigue, pourtant point fort du livre. 

Pour le déjeuner, deux des membres de l’équipe ont eu la chance de goûter aux joies du rooftop du 3.14, investi par #LaJournéeByTheLand. Une terrasse végétalisée qui offre une pause en douceur aux festivaliers en mal de quiétude. Au menu : un boudha bowl en lévitation pour l’un et un risotto de quinoa en toute légèreté pour l’autre. En dessert, impossible de résister aux délices raw (comprenez : crus) proposés au bar : brownies, cookies, cinnamon buns y sont revisités sans cuisson, et le sucre est remplacé par des dattes. Sublime, éthique et responsable.

A 13 h 30, nous avions rendez-vous chez Unifrance pour rencontrer les trois acteurs du film d’ouverture de l’ACID, Rêves de jeunesse, de Alain Raoust. Après un joli échange de balles et verbal entre Estelle Meyer et le réalisateur sur les fruits vitaminés qu’ils rêvent de manger comme des enfants, la jeune actrice et chanteuse a pris place aux côtés de Salomé Richard et Yoann Zimmer pour évoquer leurs personnages dans ce film poétique, politique et qui parle de révolte autant que de recherche personnelle de soi. Interview à lire sur Toute La Culture dans quelques jours !

Un passage par la section hors compétition a permis à certains de se confronter à For Sama, documentaire-témoignage où la réalisatrice Waad Al-Kateab filme Alep pilonnée par les forces de Bachar Al-Assad, alors que sa fille est née il y a peu. Un film aux images fortes, qui posent question, qui amènent à se cacher les yeux devant l’innocence parfois massacrée, mais qui sont à montrer hélas…

En fin d’après-midi, la Quinzaine présentait le très attendu On va tout péter, un documentaire sur la grève des ouvriers de l’usine GM&S. Lech Kowalski, réalisateur anglais d’origine polonaise, a filmé en 2017 pendant sept mois la lutte pour sauver leurs emplois des 270 ouvriers de cet équipementier automobile. Une partie des grévistes de l’usine était sur la Croisette pour assister à la projection : ils ont été applaudis pendant de longues minutes sur la scène du théâtre de la Croisette à la fin de la projection. Un grand moment de choc social comme seul Cannes sait en provoquer, avec d’un côté l’un des festivals les plus glamours de la planète et de l’autre des travailleurs précaires qui affirment leur dignité dans l’immense élan de solidarité qui les unit.

À 19 h 30, la salle Buñuel était pleine à craquer avec une audience chic pour le nouveau film d’Alain Cavalier Être vivant et le savoir : Françoise Nyssen, Jérôme Seydoux, Tonie Marshall, Serge Toubiana et Romane Bohringer étaient dans la salle, et salués par Thierry Fremaux venu présenter la séance : « C’est plus qu’un documentaire : c’est un essai, c’est un récit, c’est un poème ». Tendre et drôle, Alain Cavalier a été applaudi longuement à son arrivée et parle de sa complicité avec Emmanuèle Bernheim, décédée en 2017. Fixé à son cinéma d’objet, Cavalier manipule la caméra de manière réflexive avec cette assistante unique, auteure du livre Tout s’est bien passé sur la mort choisie de son père. Commençant par une visite à une amie à Genève qui décide d’arrêter la chimiothérapie, Être vivant et le savoir nous offre en voix off les réflexions du cinéaste du 87 ans sur sa vie, sa propre fin et la possibilité de la choisir.

La journée est presque terminée, mais pas tout à fait puisqu’une partie de l’équipe a pu voir, à la Semaine de la critique, A White, White Day, le deuxième long-métrage de Hlynur Palmason. Narration déconstruite et contemplative, des plans fixes superbes en ouverture et pendant une bonne partie du film, des cordes qui vibrent, une fin sur du Leonard Cohen…Une variation inattendue et joliment interprétée autour de la dépression. 

Et pour finir, Ken Loach nous a emmené du côté d’une entreprise à l’organisation comparable à Amazon, dans Sorry we missed you, son nouveau film plein de qualités. Où un père se hâte pour gagner plus, et épuise son milieu familial, déjà miné par des conflits…

A 21 heures commençait la soirée d’inauguration de la plage Magnum : au programme, très brillants shows de drag queens dont Cookie Kunty, bâtons glacés sur mesure, champagne et vers minuit LE showcase de Aya Nakamura qui a enflammé la plage avec son Pookie aux 26 millions de vues sur YouTube…

 

Visuel : Yaël Hirsch

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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