Cinema

[Cannes, Compétition] « Rester vertical », nouveau film fin et personnel d’Alain Guiraudie

[Cannes, Compétition] « Rester vertical », nouveau film fin et personnel d’Alain Guiraudie

13 mai 2016 | PAR Geoffrey Nabavian

Sur les pas du superbe acteur Damien Bonnard, on suit avec beaucoup de plaisir cet itinéraire chaotique d’un plus tout jeune homme perpétuellement en fuite. Parce qu’on y trouve des thématiques profondes, et de la finesse.

[rating=4]

Rester vertical CannesPhysiquement, Leo n’est plus tout jeune, mais on ne lui donne pas vraiment d’âge. Massif mais lunaire aussi, il rêve au fond de lui de travailler dans le cinéma. Mais ses journées restent constituées de longs moments où il roule, dans sa voiture qui est tout ce qu’il possède, sur des routes françaises de plus en plus perdues…

A des lieues des grandes villes, il va croiser plusieurs familles d’éleveurs ou d’agriculteurs. Des foyers de bric et de broc, où les aînés sont des hommes très spéciaux, que la solitude a forgés… Cette peinture d’un monde agricole très éloigné des agglomérations, qui semble saugrenu mais pas totalement, fait tout le prix de Rester vertical. Car loin de se limiter au portrait d’un indécis, le film va plus loin, embrasse un vrai sujet, et finit même par devenir lyrique.

Il ne s’agit pas d’une comédie, mais d’un drame : on y rit pourtant, de façon fine. Son titre, provocateur, se réfère surtout à la dignité et à la peur d’une vie stagnante. On y trouve des scènes de sexe, belles, pas provocatrices. Surtout, on a l’impression de voir Alain Guiraudie, acclamé pour L’Inconnu du lac (2013), nous conter ses « jeunes » années. Tant de sincérité fait qu’on aime son film, et que cet artiste en herbe nous apparaît proche.

On peut préciser que le son est remarquablement travaillé, que la mise en scène témoigne d’un point de vue affirmé, et que les acteurs sont splendides. Bizarres, justes, à vif… On ne sait plus comment les qualifier. Les sublimes Christian Bouillette et Raphaël Thiéry, patriarches forts en caractère et touchants, Laure Calamy, de passage pour quelques scènes cocasses, Basile Meilleurat, saisissant, la belle India Hair, amour chaotique de Leo, et l’interprète de ce dernier, Damien Bonnard. Tellement juste et proche de nous qu’on lui emboîte le pas au sein du cercle infernal où il se débat.

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Visuel : © Thierry Valletoux

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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