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« A plein temps », un film qui ne s’arrête jamais

« A plein temps », un film qui ne s’arrête jamais

20 février 2022 | PAR Lucine Bastard-Rosset

À plein temps d’Eric Gravel vous tient en haleine pendant 85 minutes, impossible de décrocher, de quitter Laure Calamy des yeux. Pas de temps vide, pas de pause, on plonge dans le rythme intensif du quotidien de Julie. Un film sur le combat d’une femme prête à tout pour remonter la pente, un film à découvrir le 16 mars au cinéma.

Un sprint sans fin

A plein temps s’ouvre sur une séquence lente qui dénote avec le reste du film. La caméra prend le temps de filmer le corps de Julie au plus près de son intimité. Son visage est présenté en très gros plan ; on voit ses yeux, sa bouche, sa peau. Son souffle est le seul bruit perçu, un souffle qui n’est pas encore essoufflé, un souffle empli de vie. Elle dort sur son lit, seul moment de respiration de tout le film, un moment fugace que l’on oublie dès la séquence suivante car “après, il n’y aura plus jamais de répit”.

C’est la sonnerie du réveil qui sort Julie de cette léthargie. Une sonnerie qui ponctuera l’ensemble du film, bruit redondant et insupportable qui met fin au sommeil. Le son annonce le début d’une course qui ne se termine jamais, un sprint qu’il faut tenir sur la durée. Par le choix d’un montage rapide aux plans instables, par le jeu de Laure Calamy qui se met directement en mouvement avec des gestes précipités et nombreux, Éric Gravel instaure un rythme intensif qui fatigue dès les premières minutes. On est précipité dans la tourmente quotidienne de Julie, dans toutes les actions qu’elle doit réaliser en un temps limité.

Le portrait d’une femme

A plein temps dresse le portrait de cette femme qui élève seule ses deux enfants à la campagne alors qu’elle doit se rendre tous les jours sur Paris pour son travail. Les temps de trajet l’obligent à avoir une routine de vie intense, qui devient invivable au moment où une grève générale éclate. Les transports étant bloqués, il devient particulièrement difficile de se rendre sur la capitale et de rentrer. Peu à peu la tension monte, la fatigue s’installe et Julie est submergée par sa vie. Le stress l’envahit et on reste impuissant face à ses malheurs qui se multiplient, ses problèmes toujours plus conséquents.

Julie est première femme de chambre dans un Palace, un métier qui ne s’arrête jamais, qui fait face au temps, aux échéances. Un travail répétitif aux gestes méticuleux qui requiert de nombreuses compétences. Eric Gravel insiste sur ces actions en filmant au plus près ce métier, on en découvre toute la complexité. Comme il l’explique dans une interview, “Laure et quelques comédiennes, ont suivi une formation auprès de femmes de chambre, qui leur ont expliqué chaque geste à accomplir”. Travailler dans un Palace épuise, il faut que tout soit parfait. Julie est à la limite d’être renvoyée, il ne faut pas qu’elle fasse un seul faux pas.

Laure Calamy excelle dans son rôle

Laure Calamy magnifie le personnage de Julie. Elle lui transmet toute une palette d’émotions qui la rend touchante et attachante. Il est impossible de ne pas être ému par ce personnage qui fait tout pour s’en sortir, qui ne s’arrête jamais, même quand tout est contre lui. Une course contre la montre que Laure Calamy pousse jusqu’au bout. Eric Gravel explique que “le côté pétillant qu’insuffle Laure à ses rôles, permettait d’équilibrer le personnage de Julie qui, tout en traversant une période difficile, laisse apparaître de la lumière à son personnage.”

Les courses effrénées de Laure Calamy sont accentuées par la musique électro composée par Irène Drésel. Les sons soulignent l’urgence de la situation, l’accumulation de la fatigue, des moments où il n’est en aucune façon possible d’aller moins vite. Ils permettent d’immerger le spectateur dans la vie de cette femme, et tout comme elle, on retient notre respiration.

 

À plein temps est un film qui épuise. On a beau être assis dans un fauteuil, on a beau ne faire que regarder, assister impuissants à la course effrénée de Julie, on en sort sur les nerfs, comme si cette expérience de vie nous appartenait. Eric Gravel a réussi à transmettre l’intensité de chaque instant, une sensation viscérale qui s’empare de toute notre corps. À plein temps est une expérience éprouvante dont on ne ressort pas indemne.

Visuel : Affiche

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Lucine Bastard-Rosset

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