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Cannes 2012: Kiarostami part au Japon avec Like Someone in love

Cannes 2012: Kiarostami part au Japon avec Like Someone in love

21 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

Après une incursion italienne avec la comédienne française Juliette Binoche dans « Copie conforme » (voir notre critique), le réalisateur iranien Abbas Kiarostami a promené sa caméra à Tokyo pour filmer les déboires d’une jeune femme montée dans la grande ville dans « Like Someone in love ». En lice pour la Palme.

La jeune et jolie Akiko (Rin Takanashi)est montée à Tokyo faire des études de sociologie. Elle est amoureuse d’un petit copain assez jaloux et très amoureux (l’excellent Ryo Kase qu’on a pu voir dernièrement en fantôme de guerrier japonais dans le Restless de Gus Van Sant). Jusque-là, rien que de très normal… Sauf que, la nuit, la jeune-femme ferme son téléphone et vend son corps à des vieux messieurs. Quand le film commence, elle tente de négocier une soirée de libre auprès de son mac de luxe : sa grand-mère est en ville pour un jour et elle a un examen le lendemain. Mais son patron insiste, alors docile, elle s’endort dans le taxi qui la mène ; robe verte ultra courte vers un vénérable grand professeur de sociologie qui aurait pu être son grand-père (Tadashi Okuno) …

Selon son producteur, Marin Karmitz, Abbas Kiarostami a mûri pendant dix ans le scénario de « Like Someone in love ». Malgré ce temps long de conception, le film contient tous les ingrédients d’un flop définitif : scénario en pointillés qui se termine en queue de poisson, actrice principale fade caricaturant encore son rôle de femme-enfants, fausse sagesse japonisante et surtout, maniérisme insupportable dans la manière de filmer : Kiarostami les plans fixes et les champs/ contre-champs interminables pour bien signifier que les personnages d’un film échappent au cadre de la caméra. Il entrave systématiquement le prisme de cette dernière de vitres et de glaces, bref, de reflets en tous sens, comme pour nous dire encore et encore que la vie est un songe et le cinéma une caverne. Surtout, il propose dans une surbrillance téléphonée pour son sujet et piquée à Wong Kar Wai, les images d’Epinal d’un Tokyo Babel Labyrinthique où une fille de province peut perdre son âme. Et pourtant ! La rencontre entre deux acteurs aussi inattendus et intègres que Tadashi Okuno et Ryo Kase vient sauver le film à mi-parcours. Une étincelle d’humanité se produit et le vieil amant ridicule devient un grand-père décalé. Dès lors, le film se fait presque road-movie et étonne son spectateur qu’il parvient à toucher et à garder attentif jusqu’au bout. Inabouti et cabotin, « Like Someone in love » n’est néanmoins pas tout à fait vierge d’une certaine grâce.

« Like Someone I love », d’Abbas Kiarostami, avec Tadashi OKUNO, Rin TAKANASHI, Ryo KASE, France, Japon, 109 min. En compétition.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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