Cinema

Cannes, Jour 5 : Haneke se penche sur le troisième âge, Kiarostami visite le Japon et Isabelle Huppert est partout

Cannes, Jour 5 : Haneke se penche sur le troisième âge, Kiarostami visite le Japon et Isabelle Huppert est partout

21 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

La projection d’un film de Michael Haneke est toujours un temps fort du festival. Surtout que la dernière fois (2008) son ruban blanc avait décroché la palme d’or.

Se penchant sur un couple d’octogénaires interprétés avec génie par l’inoxydable Emmanuelle Riva ( photo)  et l’irrésistible Jean-Louis Trintignant, Haneke parvient à les soumettre à la dure loi de sa cruelle caméra. Face à eux, une Isabelle Huppert en « jeune génération », égale à elle-même… A la conférence de presse, où ils n’étaient que tous les quatre, on a fondu pour le teint frais sans maquillage, les yeux bleus perçants et la veste camel années 1960 d’Emmanuelle Riva. Haneke s’est exprimé dans son français aussi parfait que ses films. Et avec beaucoup d’humour, Jean-Louis Trintignant a expliqué qu’il ne souhaitait plus faire que du théâtre mais qu’il n’avait pas pu refuser la proposition de Michael Haneke. Comme il ne se voit pas après coup au théâtre cela lui donnerait l’impression d’être meilleur. Mais avec Haneke, il a dit être fier du résultat, même s’il a également eu peur de passer pour prétentieux. Avec malice, Trintignant a souligné le haut niveau d’exigence du réalisateur vis-à-vis de ses comédiens : « C’est très difficile, je ne vous le conseille pas », a-t-il dit dans un sourire. Déclaration qui a fait bondir Isabelle Huppert, qui s’est avouée ravie de travailler encore une fois avec le cinéaste autrichien, car elle aussi avoue aimer se voir dans un film d’Haneke. Emmanuelle Riva a raconté le magnétisme du réalisateur et sa seule frayeur du plateau : devoir diriger un fauteuil électrique…

Isabelle Huppert était à l’affiche d’un autre film en compétition, aujourd’hui. Après Brillante Mendoza (voir notre critique), elle continue son tour de piste des génies asiatiques avec le coréen Hong Sangsoo.

A 11h30, la commissaire européenne responsable de la culture, Madame Androulla Vassiliou remettait le prix MEDIA au cinéaste iranien Asghar Fahradi et à son producteur français Alexandre Mallet-Guy pour leur projet en cours appuyé par  l’Union Européenne via ce prix. Elle a déclaré qu’il s’agissait du « meilleur projet avec la plus grande circulation mondiale potentielle proposé par un scénariste et une société de production européenne ». Dans le joli Café des Palmes, le réalisateur qui tourne actuellement avec Marion Cotillard s’est prêté au jeu des questions réponses auprès de quelques happy few… A cette occasion nous avons surtout mieux compris l’importance de MEDIA. En 2011, le programme a dépensé 106 millions d’euros pour soutenir 378 films. Et le fond de garantie de production MEDIA se porte garant de certains projets de films afin d’encourager les institutions financières à permettre un emprunt. Pour prendre la mesure de l’importance d’un tel programme, il suffit d’ajouter que sur 22 films en compétition, 7 bénéficient de la garantie européenne MEDIA.

A 13h, la presse a pu voir en avant-première le très attendu et très décalé « Dracula » en 3D de Asio Argento, qui doit être projeté ce soir à minuit pour les festivaliers en tenue de soirée. Un film au kitsch maîtrisé et d’ailleurs plus historique que gore où l’on rit plus que l’on a peur et où la 3D accentue l’effet pittoresque et invraisemblable du château du comte ou de la longue robe corsetée et démodée que porte Asia Argento en professeure de piano faussement naïve. Bref, ce Dracula 100 % italien est déjà culte…

L’après-midi pluvieux de ce dimanche cannois a été témoin d’un autre film en costumes, « Les confessions d’un enfant du siècle », de Sylvie Verheyd. Quelques grammes de Musset dans un monde de brute…

A 17h30, sous un orage impressionnant, la projection du film « Une journée particulière » du maître des lieux, Gilles Jacob a eu lieu en Salle Debussy. La ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, y a assisté.

Enfin, après son faux film français bavard, philosophique et avec Juliette Binoche « copie conforme », l’iranien Abbas Kiarostami était de retour à Cannes avec une vision japonaise, « Like Someone in Love ». Un film qui adoube à la clé universelle de l’amour Kiarostami comme l’un des maîtres du world cinéma esthétisant. Mais le maitre iranien n’oublie pas de raconter des petites histoires et de plonger, par verres et reflets interposés, ses personnages dans le mystère.. (voir notre critique)

Rendez-vous demain pour le live-report de cette 6ème journée au festival, qui commence sous la pluie par un Alain Resnais théâtral et finira ce soir avec Ken Loach.

Visuels (sauf Like someone in love): (c) Yaël Hirsch

Après-midi espagnol à la Salle Pleyel
Cannes 2012: Kiarostami part au Japon avec Like Someone in love
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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