Cinema
Bovines, oh la vache !

Bovines, oh la vache !

24 janvier 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Sélectionné au Festival de Cannes dans la programmation Acid, au festival international de  l’environnement et en compétition officielle du Festival Premiers Plans d’Angers  sélection figures libres 2012, Bovines d’Emmanuel Gras est un ovni. Ni documentaire animalier, ni manifeste écolo, Bovines est une œuvre d’art dont les lignes de fuites sont les brins d’herbes. Tripant et magique.

« Au départ le film s’appelait vacherie», mais ce n’est pas « un film de second degré » raconte le jeune réalisateur dans les bonus du DVD à sortir le 5 février. Et effectivement, passé la surprise des quinze premières minutes où l’on saisit que oui, ici, on ne verra que des belles charolaises, on est séduit (car elles sont vraiment belles).

L’idée géniale de ce film est de nous placer au niveau de l’animal le plus français qui soit. Qui n’aime pas regarder les vaches de la fenêtre du TER qui nous amène à Trouville-Deauville ? Emmanuel Gras propose de descendre du train pour entrer dans l’enclos, trois enclos en réalité, appartenant à trois éleveurs différents. Dans une progression efficace on arrivera doucement à l’homme qui ici, semble être un petit pion au milieu du ballet des blanches dodues qui se déplacent en troupeau dans des lignes géométriques. L’homme n’est pas un salaud ici, personne n’est dupe et ce n’est pas le propos, ce sont des vaches destinées à notre consommation. Cela est évoqué par la vision d’un camion qui s’en va, rien de plus. Pas de drame, pas de mélo !

De l’année de tournage, il a rassemblé 100 heures de rushs et nous en livre 1H04, il impose un mot qui n’existe pas « bovines » au féminin sexy. Ici, il nous rend solidaire de la vie de ces vaches en nous faisant entrer dans leur quotidien : on broute, on accouche, on se protège de la pluie. Bref, le transfert opère avec ces animaux dont on découvre les préoccupations.  L’élevage vu du côté des vaches, l’idée est brillante.

Comment cet exploit peut-il être possible ?  On a envie de répondre : par le talent. Et ce talent, il se compose d’un brillant travail sur le son protéiforme qui nous fait ressentir la force du vent ou la profondeur de la flaque commise par l’orage violent. On est ici dans un hyperréalisme à la Hopper. D’ailleurs, les compositions font penser aux tableaux de l’américain avec trois parties : le vert de la prairie, le bleu du ciel et, en coupure diagonale, une rangée de mastodontes à l’air inoffensif. Ce qui fait de Bovines un chef d’œuvre réside dans cette sensation de tableau filmé associé à l’idée de chorégraphie. Nombreuses, elles agissent comme une. Elles reproduisent les mêmes gestes au même instant dans des mouvements révélant une absolue élégance.

Alors on se prend d’amour pour le numéro 9435 et quand elle lèche sa voisine ou quand l’une met au monde un petit veau déjà sur ses pattes et autonome en quelques secondes, quand le dernier plan nous fait frissonner, c’est nous qui nous sentons vraiment bêtes !

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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