Cinema

Black Swan : Sympathy for the devil

08 février 2011 | PAR Sonia Ingrachen

Puissant et visuellement éblouissant, Darren Aronosfky plonge sa caméra dans l’univers de la danse et nous offre un conte psychologique halluciné, déroutant.

L’histoire : Nina est ballerine au sein du très prestigieux New York City Ballet. Lorsque Thomas Leroy, le directeur artistique de le troupe, décide de remplacer la danseuse étoile Beth Mcintyre pour leur nouveau spectacle, « Le lac des cygnes », son choix s’oriente vers Nina. Mais une nouvelle arrivante, Lilly, l’impressionne également beaucoup. « Le lac des cygnes » exige une danseuse capable de jouer le Cygne blanc dans toute son innocence et sa grâce, et le cygne noir, qui symbolise la ruse et la sensualité. Alors que la rivalité de Nina et Lily se mue peu à peu en une amitié perverse, Nina découvre, de plus en plus fascinée, son côté sombre.

Habitué à dé-cor-tiquer les faits et gestes de ces personnages, le talentueux réalisateur de Requiem for a dream et The Westler nous prouve encore une fois qu’il est un cinéaste obsédé par la peinture violente de ces corps poussés à bout. Tout comme the Ram (The westler) ou Harry et Sara (Requiem), Nina est un personnage dont l’obsession- la danse et son modèle de perfection- la conduira à révéler une part très sombre de sa personnalité, entre folie et libération. Pour dresser le tableau de ce pas de deux mystérieux, le réalisateur nous fait plonger dans le monde très exigeant du ballet professionnel. Sous sa caméra-microscope, il épluche les moindres détails de cette profession (c’était déjà le cas dans ses précédents films), fait le portrait intime et réaliste (caméra à l’épaule) de cette ballerine, la suit pas à pas comme pour en capturer l’essence. Dans les coulisses de cet univers, on y découvre les sacrifices de Nina, ce monde de la compétition et de la quête de la reconnaissance. Le corps devient alors un index de cette violence, un miroir de l’esprit perturbé où les blessures sont nombreuses: les articulations claquent, les ongles sont arrachés, la chair mutilée, les orteils sont en sang. Dans cette exploration des limites du corps, il y a un peu de Cronenberg dans Aronofsky.

Le corps c’est aussi ce qui fait le lien entre l’univers réaliste, le thriller psychologique et le fantastique. Pour entrer dans la peau (!) du cygne noir et basculer du coté sombre, Nina doit délaisser les habits trop petits de l’enfance et s’éloigner du cocon (trop trop trop) confortable que sa mère (excellente Barbara Hershey) a créer autour d’elle. Deux modèles oppressants sont alors face à elle : la mère dont les ambitions ne sont restées qu’à l’état de rêve et une ex-danseuse étoile désormais déchue (ironiquement incarnée par l’actrice oubliée Winona Ryder). L’oiseau enfermé dans cette cage ne finira par s’émanciper que dans la folie mimétique. La paranoïa et les délires (les miroirs, les reflets, les stigmates, les menaces) de Nina pénètrent alors l’atmosphère et heurtent nos sens. Possédée par le rôle, la douceur apparente de la danseuse révèle une névrose jusque là contrôlée ou peut être est-elle véritablement en pleine métamorphose ? Tantôt mystérieux, tantôt angoissant, le film joue sans cesse sur le parallèle entre le ballet et la transformation de Nina, entre les deux cygnes et la schizophrénie. Cette dualité se retrouve également dans le mélange des compositions menaçantes et étranges de Clint Mansell et la célèbre musique de Tchaïkovski.

S’il est vrai que le film manque de surprise et développe un peu platement le thème du double, s’il est vrai aussi que l’image du double féminin pure et sage ( blanc)/ charnel et dangereux (noir) est éculée, Black Swan reste tout de même un chef d’œuvre de mise en scène, un spectacle sublime.


Black Swan – Bande Annonce [VOSTFR|HD]

Date de sortie cinéma : 9 février 2011
Réalisé par Darren Aronofsky
Avec Natalie Portman, Mila Kunis, Vincent Cassel, Barbara Hershey, Winona Ryder
Long-métrage américain . Genre : Thriller
Durée : 01h43min

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Sonia Ingrachen

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