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[Berlinale, Compétition] »Aferim! » chasse à l’homme dans la Roumanie de 1835

[Berlinale, Compétition] »Aferim! » chasse à l’homme dans la Roumanie de 1835

12 février 2015 | PAR Olivia Leboyer

Aferim!1

Le jeune réalisateur roumain Radu Jude (dont nous avions aimé le précédent film, Everybody in our family) livre avec Aferim ! un beau film, simple et percutant, sur la place des minorités en Roumanie au XIXe siècle. Sous forme de fabliau, un petit brûlot anti-raciste, très bien construit.

[rating=3]

On se croirait dans un roman picaresque : un constable et son fils adolescent chevauchent à travers la campagne, en devisant de choses et d’autres. Nous sommes en 1835, en Roumanie. Le père vocifère à tout bout de champ, tantôt contre les Juifs, tantôt contre les Gitans. Jamais à court d’injures, il déroule avec un art consommé les innombrables tares des minorités méprisées, tenues à l’écart. Dans une scène d’anthologie, il rivalise d’insultes racistes avec un pope survolté.

Radu Jude a effectué un travail de documentation minutieux, allant jusqu’à retranscrire le dialecte de l’époque, avec ses tournures désuètes (comme il nous l’a précisé en conférence de presse). Le fil narratif de Aferim ! (interjection turque qui veut dire : well done !), clair et implacable, est une chasse à l’homme : le constable et son fils sont à la recherche d’un esclave gitan, qui a pris la fuite. L’homme était en effet l’amant de la maîtresse de maison et le mari veut le châtier. Une mission simple mais, après la capture, le père et le fils nouent un contact naturel chaleureux avec le sympathique Gitan.

Entre quelques jolies scènes dans une auberge, avec une prostituée, quelques bouteilles, deux ou trois chansonnettes, une amitié s’ébauche. Mais il va falloir livrer l’homme, comme convenu. Radu Jude filme avec une simplicité, dans un noir et blanc un peu surexposé, ce récit emblématique, tenant tout du long un mélange de tons très plaisant, qui s’achève d’un coup sec.

Un film fort, efficace et émouvant.

Aferim !, de Radu Jude, Roumanie, 108 minutes, avec Teodor Corban, Mihai Comanoiu, Cuzin Toma, Alexandru Dabija, Luminita Gheorghiu, Victor Rebengiuc, Alberto Dinache, Mihaela Sirbu. Berlinale 2015, en compétition.

visuels: photos officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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