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[Berlinale, Compétition] « Under electric clouds » : belle méditation russe sur un monde en décomposition

[Berlinale, Compétition] « Under electric clouds » : belle méditation russe sur un monde en décomposition

11 février 2015 | PAR Olivia Leboyer

En sept séquences, Alexey German Jr. déroule une longue méditation poétique, d’une belle tristesse. Comme dans le Malick, les personnages errent, se croisent, se remémorent quelques bribes d’un passé bien mort. Un film russe impressionnant et plein de touches d’humour.

[rating=3]

Sous un ciel gris plombé, presque solide, quelques personnes errent sur une plage triste. Nous sommes en 2017, un futur tout proche, où le monde est déjà au bord de l’implosion. Tout est en voie de pourrissement, les monuments comme les souvenirs, perdus dans un brouillard épais et mortifère.

Alexey German Jr. livre un film où la science-fiction et le quotidien se mêlent. Les symboles sont à la fois présents et légers, rien de pesant ici, comme si toutes les références convoquées se trouvaient aussitôt gommées, envolées dans les nuages. Les plans sont absolument superbes, glacés et saisissants.

Beaucoup de citations, de Tolstoï, à Soljenitsine ou Tolkien et Simenon, dans un joli désordre éclectique. Un jeune homme riche, revenu dans sa ville natale, rêve de devenir écrivain, ou peut-être mécène pour écrivains, dans un style sci-fi. « Tu sais, Tolstoï, c’était très bien aussi » lui lance sa sœur, plus terrienne, sans doute plus fine et, du coup, plus seule. Pour tromper la mélancolie, la jeune fille fait soudain le poirier sur la tête de la statue de Lénine. Un autre jeune homme, quelques séquences plus loin, pose sur sa tête une petite statue de Bouddha.

Tous ces signes, ces pierres chargées de sens, sont immédiatement désamorcés par une impression d’absurdité tenace. Il n’y a plus vraiment d’horizon, les personnages semblant à bout de souffle. La vie s’échappe d’eux rapidement, en brusques saignements de nez. Ces silhouettes, nous les approchons une à une, en sept chapitres : un immigré asiatique qui n’ose pas parler, le frère et la sœur revenus hériter de leur père, un petit robot, un jeune homme songeur qui rêve des morts, un intellectuel réduit à faire le guide touristique pour les Japonais, un architecte désabusé. Tous déambulent avec lassitude, dans une angoisse tranquille, presque sereine. La vie s’enfuit, et la mémoire ne peut plus grand-chose. Cent ans après la révolution russe, dans un temps arrêté, l’Histoire s’éparpille. La réalité et les rêves prennent la même consistance. Les dialogues ne souffrent pas d’un esprit de sérieux, mais se croisent souvent avec un humour décontracté.

Un beau film, fluide et poétique.

Under Electrice Clouds, de Alexey German Jr., Russie, 130 minutes, avec Louis Franck, Merab Ninidze, Viktoriya Korotkova, Chulpan Khamatova, Viktor Bugakov, Karim Pachachakov. Berlinale 2015, en compétition.

visuels: photos officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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