Cinema
[Berlinale] « Every Thing Will Be Fine » : un Wim Wenders décevant sur le travail de deuil

[Berlinale] « Every Thing Will Be Fine » : un Wim Wenders décevant sur le travail de deuil

11 février 2015 | PAR Olivia Leboyer

Cette année, la Berlinale rend un hommage tout particulier à Wim Wenders. Nous avions adoré Les Ailes du désir, Paris,Texas ou Buena Vista Social Club. Son tout dernier film, l’histoire d’un travail de deuil à deux vitesses, nous a déçues.

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Les premières scènes de Every Thing Will Be Fine sont réussies : Tomas (James Franco), écrivain en panne d’inspiration, roule tranquillement en voiture, dans la neige, en fredonnant de la bonne musique. Soudain, une luge surgit d’un monticule, la voiture cale et, miraculeusement, Tomas trouve le petit garçon sain et sauf, à peine commotionné. Le temps de la ramener à sa maison, en lui parlant doucement, en le tenant sur ses épaules, tout semble rentré dans l’ordre : mais la mère (Charlotte Gainsbourg) se précipite immédiatement dans la neige car, sous les roues, son deuxième petit garçon a bel et bien été écrasé. Deux garçonnets, l’un mort qui hantera durablement la mère et l’écrivain, et l’autre qui grandira dans l’ombre du frère absent.

Pourquoi donc filmer le deuil en 3D ? Le procédé avait du sens dans Pina. Ici, nous avons l’impression curieuse que l’on cherche à détourner notre attention du scénario si convenu. Des chaussettes ou un mug en 3D, bon, mais l’intensité du chagrin n’en est pas plus palpable pour autant… Par tranches de quatre ans, nous suivons l’évolution de Tomas et de la mère de l’enfant. Tandis que Charlotte Gainsbourg végète dans sa petite maison, en se renfermant sur elle-même, James Franco connaît un succès d’écrivain fulgurant. L’expérience tragique semble avoir débloqué quelque chose dans son écriture. Certaines scènes sont émouvantes et James Franco, qui nous a bien fait rire (à son corps défendant) dans le ridicule Queen of the desert de Werner Herzog, incarne ici avec justesse cet écrivain traumatisé mais passé maître dans l’art de surmonter ses émotions. Mais la fin du film verse dans un pathos appuyé, qui nous tient à distance. Sur le même thème (la mort accidentelle d’un enfant, et la culpabilité qui s’en suit), nous avions préféré Rabbit Hole de John Cameron Mitchell (2010), avec Nicole Kidman, plus délicat.

Every Thing will be fine, de Wim Wenders, , 118 minutes, avec James Franco, Charlotte Gainsbourg, Rachel McAdams, Marie-Josée Croze. Berlinale 2015, hors compétition.

visuels: affiche et photos officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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