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[Berlinale,Compétition] Le charme discret des prêtres repentis de « El Club » de Pablo Larrain

[Berlinale,Compétition] Le charme discret des prêtres repentis de « El Club » de Pablo Larrain

11 février 2015 | PAR Yaël Hirsch

Abonné de la Quinzaine des réalisateurs où l’on a pu découvrir il y a deux ans No, le réalisateur chilien Pablo Larrain est en compétition à la 65ème Berlinale. Son Club de prêtres pas tout à fait comme il faut, réunis en repentance au bord de l’océan mêle la beauté du paysage et l’originalité du propos sur un sujet de plus en plus obsédant. Un club de criminels bien sympathiques, avec une tentative de rédemption tonitruante où l’humour emporte l’adhésion totale du public. Un des chouchous pour l’Ours.

[rating=4]

La première image du film hypnotise. Au coucher du soleil, un homme fait tournoyer sur la plage un musculeux lévrier. Arrêt sur image, mouvement gracieux. Si l’animal est vif, l’homme lui est âgé et plus lent. Il appartient à un groupe de prêtres d’un certain âge (d’une cinquantaine à plus de quatre vingts ans) réunis sous la surveillance de la douce mais passive-agressive sœur Monica (Antonia Zegers). Déchu de leurs fonction de prêche pour crimes, ils ont été mis dans des clubs de l’Eglise qui sont des prisons à vie où ils sont censés se repentir. Leur vie est donc rythmée par les prières, les repas frugaux, et des balades sur la plage aux horaires où ils risquent de ne croiser personne, car ils b’ont plus le droit de parler qu’entre eux. Mais les quelques prêtres du club imaginé par Larrain améliorent l’ordinaire en faisant courir leur lévrier. Si le jeu n’est pas très catholique, la chandelle est un peu d’argent et un objectif terrestre.

Leur vie cadrée est bouleversée quand arrive un nouveau pensionnaire. A peine arrivé, ce dernier suscite une drôle d’intervention d’un homme hirsute qui se pointe nuitamment à la fenêtre du Club, dit avoir été dépucelé enfant par le nouveau pensionnaire et parle de leurs relations très fort, avec maints détails crus, mais sur le ton du prophète Jokanaan. Pétrifiés les prêtres et leur Monica suggèrent à l’objet de ce délire de menacer son ancien amant d’un pistolet pour qu’il s’arrête avant de rameuter tout le village. Prenant l’arme, ce dernier est si apeuré et bouleversé, qu’il se tire une balle dans la tête; Pour la police, le club arrive à maquiller l’événement en suicide d’un être dérangé. Mais le Vatican n’est pas dupe et l’incident précipite l’arrivée d’un bel émissaire froid et bien habillé qui vient pour fermer le Club (Marcelo Alonso).

Entre le grand air des scènes de course ou de plage et les confessions exiguës de prêtres assez âgés pour amadouer les passants, Larrain soulève toutes les questions qui fâchent, en premier lieu desquelles la pédophilie. Mais il le fait en apparence sans jugement, mettant des morceaux d’arguments dans la bouche de tous, y compris des criminels et des fous. Avec des images d’une beauté fulgurante et une musique magistrale et très légère de Arvo Pärt, mais surtout avec un a propos et un humour fou, Larrain orchestre une montée en puissance et en délire du repentir. Il nous laisse à la fois médusés par les images et songeur sur l’espèce d’utopie angoissante que constitue son club de prêtres défroqués. Un film magistral qui pourrait bien mener le réalisateur chilien à l’une des plus grandes récompenses du 7ème art.

El Club, de Pablo Larrain avec Roberto Farías, Antonia Zegers, Alfredo Castro, Alejandro Goic, Alejandro Sieveking, Jaime Vadell, Marcelo Alonso, Francisco Reyes et José Soza, Chili, 2015, 98 min. En compétition.

Visuel : (c) Fabula

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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