Fictions
« Les Détectives sauvages » de Roberto Bolaño : Roman-monde, roman-monstre

« Les Détectives sauvages » de Roberto Bolaño : Roman-monde, roman-monstre

19 décembre 2021 | PAR Julien Coquet

Poursuivant leur édition des œuvres complètes de Roberto Bolaño, les éditions de l’Olivier publient l’un des deux romans les plus importants de l’écrivain chilien, Les Détectives sauvages, avant la publication prochaine de 2666.

C’est un des romans les plus cultes de la littérature contemporaine. A côté de Les Bienveillantes de Jonathan Littell, de L’Arc-en-ciel de la gravité de Thomas Pynchon ou encore Ulysse de James Joyce, Les Détectives sauvages fait partie de ces livres dont tout bon lecteur a entendu parler, sans pour autant s’y aventurer. D’abord, la taille : 944 pages chez Folio, 768 pages chez l’Olivier (la traduction est la même, celle de Robert Amutio). Ensuite, celle de la complexité : « Mon roman comporte autant de lecture qu’il contient de voix. Il peut se lire comme une agonie. Mais aussi comme un jeu. », déclare Roberto Bolaño.

Ulises Lima et Arturo Belano (double à peine déguisé de l’écrivain) accueillent le jeune Juan Garcia Madero dans un Mexico en pleine ébullition littéraire, au milieu des années 1970. C’est la naissance du réal-viscéralisme, mouvement littéraire sans définition précise. Des amitiés se lient et Juan Garcia Madero découvre les joies du sexe, notamment avec la prostituée Lupe. Fuyant Mexico et le maquereau de Lupe, les trois hommes partent à la recherche de Cesarea Tinajero, une poétesse mystérieuse.

A partir de là, le roman prend une tournure labyrinthique. Si la première partie, « Mexicains perdus à Mexico (1975) », se présentait comme un journal intime relativement conventionnel, la deuxième partie, « Les Détectives sauvages (1976 – 1996) », compile les témoignages de personnages ayant croisé la route des trois hommes. Les voix se succèdent avec pour seule mise en contexte la date et le lieu du témoignage, du Mexique au Libéria en passant par Barcelone, Pars, Israël… La dernière partie, « Les déserts de Sonora (1976) », reprend une narration conventionnelle et poursuit la première partie.

Impossible de tout comprendre aux Détectives sauvages, disons-le d’emblée. Et le lecteur sera parfois exaspéré de tant de digressions, de noms propres, de lieux… Et pourtant, et pourtant il faut aborder ce livre comme un jeu, à la manière des nouvelles de Borges, et comme une déclaration d’amour à la littérature et plus particulièrement à la poésie. Aimer la poésie, c’est apprendre à découvrir le monde et à en percer ses clefs, quitte à découvrir que le monde est pourri, et s’y perdre. Une seule certitude en lisant ce livre : « Cet auteur est fou ! ». En tout bon éloge de la folie, cette dernière permet peut-être de mieux comprendre le monde.

« Monsivais l’a déjà dit : disciples de Marinetti et de Tzara, leurs poèmes, bruyants, sans queue ni tête, kitsch, ont livré leur bataille sur le terrain de la simple disposition typographique et n’ont jamais dépassé le stade du passe-temps infantile. Monsi parle des stridentistes, mais on peut aussi bien l’appliquer aux réal-viscéralistes. Personne ne faisait attention à eux et ils ont opté pour l’injure aveugle. »

Les Détectives sauvages, Roberto Bolaño, Editions de l’Olivier, 768 pages, 26 €

Visuel : Couverture du livre

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