Cinema
50 raisons d’aller voir « Fifty Shades of Grey » en pleine Berlinale

50 raisons d’aller voir « Fifty Shades of Grey » en pleine Berlinale

11 février 2015 | PAR Yaël Hirsch

Alors que nous voici armées de bottes et de gants, deux dignes représentantes de la rédaction de Toute La Culture à Berlin en plein festival, habituées – voire amoureuses- des films russes et chilien et bosniaques et même japonais ou iraniens à 9 heures du matin, pourquoi allons nous nous battre comme des folles faire la queue et la cohue et perdre deux heures à voir LE film que toutes les ménagères de 20 à 70 ans attendent, Fifty Shades of Grey ? On s’est en plus creusé la tête pour trouver 50 excuses (pardon, « raisons »)

1. On a bien entre 20 et 70 ans et on l’attend.
2. Oui on a lu le livre et on a tourné les pages avec empressement.
3. Une de nous n’a lu que le premier tome.
4. C’est toujours bon de comparer les adaptations littéraires.
5. Oui, par exemple avec Autant en emporte le vent.
6. Ou le Chéri de Stephen Frears (d’après Colette).
7. Et puis on n’avait pas entendu autant de bruit sur une adaptation littéraire depuis le Da Vinci Code.
8. On aura un sujet de conversation inépuisable avec les copines une fois de retour à Paris.
9. Et avec les tantes et les amies de maman ça fait des recharges au moins jusqu’à l’été.
10. Ça peut être une pick-up line intéressante pour accrocher un homme.
11. Ça entre en plein dans notre dossier du mois de février Saint-Valentin « Se cultiver pour baiser »
12. Et bien voilà, vous voyez bien qu’on se cultive en voyant Fifty Shades of grey!
13. On veut voir ce qu’elle donne la Dakota Johnson, à l’écran.
14. Et Dornan Jamie nu, aussi.
15. On regardera aussi ses yeux, hein, parce que les yeux gris de Grey, c’est devenu un mythe.
16. En VOYANT le film on VERRA ce que c’est que 50 nuances en fixant le Dornan Jamie
17. Connaître mieux le « travail » de la réalisatrice britannique (c’est chic).
18. En fait jusque là, on a surtout vu le travail de la réalisatrice – vidéaste – photographe Sam Taylor-Johnson à la MEP, lieu trop branché pour être sexy.
19. Sam Taylor-Wood est anglaise et c’est chic
20. A lire ses interviews, cette mère de quatre enfants est plutôt prude et timide…Comment s’est-elle dépêtrée du donjon privé de Grey?
21. On a bien le droit de se détendre non?
22. On ne peut pas être déçues : on ne s’attend pas à un grand film.
23. On ne peut pas être déçues : on ne s’attend même pas à voir du vrai sexe.
24. Et pourtant, ce serait bien une petite scène bien grivoise. Jusque là en des dizaines d’heures de film en en compétition, pas grand chose de sexy à se mettre sous l’oeil! Pour l’instant,une seule scène chaude (Ixcanul) et le seul petit coït coquin était interrompu (Journal d’une femme de Chambre de Jacquot)…
25. Les deux acteurs sont beaux et jeunes, juste les voir un peu nus nous suffirait…
26. Ça nous évitera de passer trop de temps sur le compte instagram de James Franco.
27. Berlin est une ville tellement froide qu’une salle pleine à craquer d’un public en chaleur va faire un peu monter le thermomètre.
28. Et en plus en 15 films de la compétition, pas une seule vraie scène de bien manger. On attend beaucoup de la leçon d’huîtres donnée par Grey à Anastacia.
29. Question anorexique, on aime les voir de temps en temps heureuses elles aussi avec Anastacia, alors qu’en compétition le très réaliste Body montrait la tristesse et le désarroi de cette maigreur.
30. Nous aussi on s’arrête de manger quand on est amoureuses! (ca serait pas mal après toutes ces saucisses entre deux films).
31. A la Berlinale, à part chez Terrence Malick, on sait qu’on va nous ouvrir les yeux sur des contrées et des populations dans la misère… Un petit changement de standing occasionnel nous permettra de se replonger dans cet état du monde.
32. Après une fille anorexique qui a perdu sa mère, une adolescente enceinte à qui on vole son bébé, une jeune mère assassinée par le froid, des jeunes berlinois sacrifiés dans une chaîne de violence, une veuve éplorée qui parcourt le désert en chameau, un réalisateur iranien assigné à résidence qui reçoit toute sa ville dans son taxi (on s’arrête là?) ben oui une nice girl next door qui est enlevée par un milliardaire sexy, c’est un courant d’air frais.
33. Puisqu’on est dans le politiquement incorrect on continue : à Cannes on se plaint de ne voir que des archétypes de femmes et pas de réalisatrices. A Berlin, TOUS les personnages féminins sont des héroïnes combatives, uniques, exceptionnelles… Les clichés à l’eau de rose et antiféministes de 50 Shades nous permettront de repartir fièrement aux côté des icônes berlinoises…
34. Rien de très SM dans le livre, à priori pareil dans le film, c’est juste une comédie romantique, à trois jours de la Saint-Valentin, c’est bien! (et nous libère la journée du 14)
35. Et si on a envie de perdre deux heures dans cette course qu’est la Berlinale, on peut?
36. Non, en fait si on a envie de perdre TROIS heures (avec la queue), on peut non?
37. On s’est dit que Christian c’était moche comme prénom…
38. … Puis on a pensé à Cyrano de Bergerac et on s’est dit que c’était ok (surtout que Cyrano comme nom de héros c’est pas très crédible)
39. Parce que nous avons toutes les deux un doctorat en théorie politique et que les théories du contrat ça nous connait.
40. Euh par contre l’amour on veut bien prendre des leçons.
41. Dans notre profession : comment perfectionner nos interviews en séduisant l’interviewé.
42. Apprendre comme au Judo et comme Anastacia à chuter pour mieux se relever.
43. Passer avec aisance des questions de journalistes à des questions privées, attachées au radiateur.
44. Dans la théorie : savoir repérer le Grey qui sommeille dans nos chéris.
45. Dans la pratique : pour apprendre à utiliser de façon plus dynamique une tringle à rideau.
46. Et au pire, si c’est en deça de nos espérances pas bien hautes, au moins pour en rire.
47. Ou pour récupérer notre sommeil en retard …
48. … Avec ou sans rêves érotiques…
49. Ressortir de là avec une liste de films et livres vraiment érotiques à voir ou revoir pour surpasser une déception.
50. Pour retourner voir des films intellos dès qu’on rentre à Paris et apprécier à leur juste mesure leurs vraies scènes de sexe (même chez Von Trier ou chez Haneke).

Merci à tous ceux et celles qui nous ont aidées à arriver au bout de ces 50 points cruciaux. Rendez-vous demain avec la critique du film!

Olivia & Yaël

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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