Cinema
Berlin, jour 6 : l’Afghanistan interculturel de Feo Aladag, le brésil érotique de Karim Aïnouz, Catherine Deneuve et la Diplomatie de Schlöndorff

Berlin, jour 6 : l’Afghanistan interculturel de Feo Aladag, le brésil érotique de Karim Aïnouz, Catherine Deneuve et la Diplomatie de Schlöndorff

12 février 2014 | PAR Yaël Hirsch

Enfin un peu de grisaille bien de saison sur la Potsdamer Platz. Dehors mais pas sur le grand écran qui a  brillé de très belles photos jusqu’à la fin de la matinée.

D’abord la douceur caravagienne et orientaliste du sable d’Afghanistan, filmé par la talentueuse réalisatrice autrichienne Feo Aladag. Avec dans le rôle principal Ronald Zehrfeld qu’on avait découvert en France, il y a deux ans dans Barbara de Christian Petzold, le film est l’histoire de la rencontre d’un soldat allemand endeuillé et de son interprète afghan menacé. Comme l’a relevé la conférence de presse, la peur est au cœur du film et on la ressent bien chez les personnages. Mais pour ce qui est du message de l’œuvre, celui d’un nécessaire dialogue inter-culture, il est si bien pensant et tellement chargé qu’il finit par faire ployer l’intrigue, et signe la mort de l’émotion. On se retrouve donc avec de belles images vides, volontiers  d’ailleurs de très humains portraits, mais avec des bribes d’actions un peu absurdes et qui sonnent faux. Ce ratage est bien dommage !

Pour lire notre critique de Inbetween worlds, cliquez.

Même tableau pour le deuxième film du jour en compétition, qui lui, faisait des appels de phares vers les Teddys Awards. Le film tire son nom d’une plage brésilienne où commence une histoire passionnée entre un jeune garde-côte local en maillot rouge et un torride touriste allemand qui perd son compagnon noyé. Esthétisant et  vide,  Praia do Futuro de Karim Aïnouz enchaîne les clichés sur les amours homosexuelles, à commencer par les scènes de sexe qui semblent téléphoner leur crudité et celles de danse, au stroboscope lourdingues. Le pic du ridicule ? Tout « Aline » du chanteur Christophe chanté en playback par l’éphèbe brésilien. L’image est léchée et fait le lien Brésil-Berlin, mais cela ne suffit pas pour donner du contenu au triptyque de cette bande-annonce pour l’office du tourisme de la capitale, et de la vraisemblance aux actes des personnages qui semblent mus par les trois seules forces de l’appel de la mer, de la moto et du sexe. Si les Teddy couronnent cette coquille vide en lieu et place de la finesse de notre chouchou Love is strange, nous crierons au scandale !

Pour lire notre critique de Praia do Futuro, cliquez.

Après un déjeuner un peu posé, nous avons enchaîné sur le film grec de la compétition, Stratos, de Yannis Economides, un polar noir et long, un peu difficile à saisir.

La fin de la journée s’est jouée séparée pour les deux émissaires de Toute La Culture à Berlin. Olivia est allée voir Dans la Cour, un film à la Perec de Pierre Salvadori, qui se passe dans la cour d’un immeuble dont Catherine Deneuve est la reine. Chignon banane impéccable, robe noire sobre et sublime et yeux revolver (smoky en diable!), l’impératrice des actrices française est venue soutenir son réalisateur et son film à la Berlinale. C’est le regard mélancolique qu’elle a parfaitement expliqué les tenants et les aboutissants de son personnage, lors de la conférence de presse. Derrière la mélancolie, un esprit hors du commun et un grand moment d’émotion que cette rencontre pourtant trop peu suivie par la presse. Heureusement au cœur du Friedrichstadtspalaz, changée pour une robe de créateur noire et bleue, Catherine Deneuve a été ovationnée longuement avant et après la projection. Plus encore que Pierce Brosnan et Toni Collette la veille! A part ça, la comédie de Salvadori était fort réussie et vous pouvez lire notre critique en cliquant sur Dans la Cour.

De son côté Yaël a fait un petit saut dans l’histoire et est entrée dans le biopic du leader politique César Chavez, qui a organisé politiquement les travailleurs immigrés en Californie dans les années 1960. Filmé de manière classique par Diego Luna, avec Michael Pena dans le rôle éponyme de ce biopic mais aussi à ses côtés les excellents : John Malkovitch, America Ferrara et Rosario Dawson (plus l’ami de Luna, Garcia Barnal), le film a un message hagiographique et univoque mais se laisse voir avec grand plaisir. Le plus ? L’avant-gardiste social n’était pas sans préjugés machistes, et America Ferrara incarne avec doigté la compagne de combat latina, mais tout de même femme et mère.

Pour lire notre critique de César Chavez, cliquez.

Puis pour clore  cette belle soirée, Yaël a pu voir en avant-première Diplomatie de Völker Schlöndorff. Après le côté indie fou de Baal, il y a quelques jours, l’adaptation très mesurée de la pièce de Cyril Gély est un peu revue à la sauce Schlöndorff (images d’archives + même s’ il y a un côté téléfilm, plans de Paris à mourir de beauté). En vrai ? Fans absolus de Schlöndorff depuis Le tambour jusqu’à La mer à l’aube vu ici, à Berlin, nous avions été déçus, à Paris de voir cette pièce qui met en scène le général allemand en charge et un diplomate amoureux de Paris, la veille de la Libération. Le texte lourd et vieillot servait un propos passéiste.  A voir le film, nos sensations furent respectées :  on dirait du mauvais Giraudoux, 70 ans après : lourd, pseudo-dialectique et super moralisateur. En revanche, sachant que c’est Schlöndorff qui filme et voyant son amour de Paris, on lui en veut à peine d’avoir choisi ce texte et fait un beau téléfilm, après Paris brûle-t-il de René Clément. Enfin, la recette qui a fait fonctionner la pièce persiste et signe : Niel Arestrup et André Dussolier sont deux immenses acteurs qui portent le film avec génie. On en sort émus et nostalgique de Paris.

Notre critique de Diplomatie. 

Demain est déjà notre dernier jour à la Berlinale que nous allons quitter un peu avant la fin, non sans avoir vu encore quelques films dont nous rapporterons des bonnes nouvelles

visuels: photo ©Yaël Hirsch

La sélection cinéma du 12 février
[Critique, Berlinale] Avant-première de « Diplomatie » de Völker Schlöndorff, un élégant numéro d’acteurs
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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