Cinema
[Arras Film Festival] « L’Ennemi de la classe » : beau film slovène qui recueille et fait grandir la parole

[Arras Film Festival] « L’Ennemi de la classe » : beau film slovène qui recueille et fait grandir la parole

19 novembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

De vraies scènes, qui durent, et captent les relations d’une classe avec un professeur très spécial. Avec les mots pour seul effet. Dans L’Ennemi de la classe, film présenté à l’Arras Film Festival dans la section Découvertes européennes, le parti-pris de sécheresse tient en haleine. Une réussite.

[rating=4]

Un lycée slovène. Dont on ne verra qu’une classe. Classe qu’on ne suivra que dans ses cours d’allemand, et où les élèves ont tous leur spécificité, très bien traduite au long du scénario. Un professeur très particulier qui débarque : Robert Zupan. Vêtu de noir, ne laissant transparaître aucun sentiment, parlant par citations, il mène la vie dure à ses élèves. Veut les amener à avoir de vraies opinions, de vrais projets, et à devenir des êtres humains. Brutalement, un drame se produit. Pas totalement à tort, la classe va alors essayer de s’organiser contre cet « ennemi »…

Ce premier film du slovène Rok Bicek ausculte. Jamais on ne quitte l’habitacle du lycée. L’extérieur ? Une entêtante lumière qui filtre à travers les fenêtres. Les explications sont réduites au minimum. Afin que le débat ait lieu. Que tout se joue dans les mots. Longues scènes sèches dans lesquelles M. Zupan déroule ses questions aux élèves, et où ceux-ci répondent… Phrases qui sonnent tout à coup comme des coups de feu, lorsque la classe entre en révolte… On est pris, fascinés par ces relations qui nous sont dépeintes. Le long d’un vrai film. Avec des scènes de classe dotées de vrais enjeux, qui, surprise, arrivent à être pédagogiques, même dans la tension.

L’aridité règne, mais pour notre bien. D’un côté, la classe, dans laquelle chacun amène une originalité précieuse. De l’autre, ce professeur énigmatique, qui contrôle chacun de ses gestes et de ses mots. On a le temps d’observer. Personne n’a raison. Les pistes attendues sur lesquelles pourrait partir le scénario ne sont pas suivies. Et l’interprétation est sans faille : splendide Igor Samobor, sublimement dénué d’affect, et émouvant tout de même, et excellents jeunes. Un film suprêmement intelligent, auquel il ne manque peut-être qu’un peu d’ampleur… Car son parti-pris de parole est tenu jusqu’au bout, mais il aurait pu aboutir à plus de flamboyance… Un talent sûr, en tout cas, qu’on veut voir grandir. Sans qu’il cède aux sirènes des effets superflus.

L’Ennemi de la classe, un film de Rok Bicek. Avec Igor Samobor, Natasa Barbara Gracner, Tjasa Zeleznik. Drame slovène. Durée : 1h52. Sortie en France programmée au 4 mars 2015.

Visuels : © Paname Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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