Cinema
Another Silence ou le silence du deuil (en salles le 19 octobre)

Another Silence ou le silence du deuil (en salles le 19 octobre)

27 septembre 2011 | PAR La Rédaction

Marie, officier de police à Toronto vit une vie de famille épanouie et sans embûches jusqu’au soir où son mari, Joshua et leur fils, Nicky sont brutalement abattus dans leur voiture. Elle comprend rapidement qu’un trafiquant de drogue argentin qu’elle a auparavant arrêté, Pablo Molina, est à l’origine de tout. Brisée mais déterminée, Marie entreprend un formidable périple à travers l’Argentine pour retrouver l’homme qui lui a fait perdre ce qui faisait son existence.

Une fois perdus les gens qu’on aime, on ne vit plus. Le drame de Marie fortifie cette pensée. Il y a plusieurs indices qui montrent qu’elle est à deux doigts de sombrer et qu’elle s’agrippe à la vie on ne sait comment : menacée par le revolver d’un tueur, elle s’avance pour mieux recevoir la balle, et à la déclaration provocatrice de son assaillant : « On n’en a rien à foutre de votre vie. » Elle rétorque : « Moi non plus. » Elle se contente de l’essentiel pour parler, elle ne répond que si on lui pose des questions, et encore… Elle est fatiguée moralement, et physiquement mais elle tient. Marie-Josée Croze incarne avec aisance une femme exténuée par le malheur qui replonge dans son passé brutal. On remarquera d’ailleurs la similitude des prénoms qui vient accentuer l’idée que cette histoire pourrait arriver à n’importe qui. Son personnage de Marie se montre extrêmement violent avec les truands qu’elle interroge mais gracie inexplicablement le meurtrier de sa famille, joué par Ignacio Rogers qui atteint son intensité émotionnelle lorsqu’il supplie qu’on l’épargne et qu’on lit la peur dans son regard.

Marie est rendue insensible à tout ce qui l’entoure, à tel point qu’elle va jusqu’à éviter de manger pour s’essayer à éprouver encore quelque chose. Si la vie de famille peut émouvoir, en revanche dès la scène de fusillade (heureusement filmée en plan éloigné), le spectateur à l’instar du personnage ne sourit plus. La scène où elle remplit le vide laissé par l’absence du fils, en étalant les jouets de ce dernier dans sa chambre, est émouvante, désespérante mais aussi et surtout inédite.

Sans aucun recours au pathos, on accompagne Marie dans son chemin de retour vers la vie. C’est par le pardon qu’elle atteint à nouveau cet état qui nous pousse à avancer toujours plus loin : celui qui consiste à se sentir vivant. La dernière scène où on la voit de dos s’éloigner dans l’aride désert de sel argentin magnifiquement sublimé par la caméra après s’être enfin autorisée à pleurer est synonyme d’espoir : espoir dans la vie mais aussi dans le cinéma qui a encore un message à faire passer ; tenez-vous le pour dit : chez Santiago Amigorena, l’on s’accroche à la vie même quand celle-ci nous fait faux bond.

Camille Lafrance

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La Rédaction

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