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Ville Neuve, un voyage au pays du papier et de l’encre noire

Ville Neuve, un voyage au pays du papier et de l’encre noire

25 juin 2019 | PAR Julia Wahl

Pour son premier long-métrage d’animation, Ville Neuve, présenté à Annecy cette année, le réalisateur québécois Félix Dufour-Laperrière (voir interview) affirme son attachement au papier et au noir et blanc, dans un voyage en Gaspésie, sur une île du Saint-Laurent. 

Parallèle Nord

C’est une libre adaptation de la nouvelle de Raymond Carver, La Maison de Chef, que l’artiste québécois nous propose ici : comme dans le texte américain, un vieux couple séparé depuis plusieurs années tente de se retrouver. Mais le travail de Félix Dufour-Laperrière repose surtout sur son ancrage en Gaspésie, région traversée par le Saint-Laurent et où Joseph, son personnage principal, a investi la maison d’un ami pour se retirer quelques temps de la ville et pêcher le poisson. Les paysages et ces poissons sont rendus par un travail de l’encre tout particulier, représentatif de l’attachement du réalisateur au papier. Le dessin des arbres, notamment, fait penser à ceux du court-métrage Parallèle Nord, qui nous emmenait dans un monde où les arbres et leurs reflets se confondaient. 

Encre noire sur fond d’azur

C’est surtout par son graphisme que le film vaut : à l’heure du tout-numérique, le réalisateur nous propose un film d’animation à l’encre de Chine, renouant avec son film-manifeste Encre noire sur fond d’azur. Le travail en noir et blanc est l’occasion de multiples traitements, de césures franches entre le noir et le blanc à des dégradés de gris tout en nuances, au trait volontiers tremblé qui accompagne avec justesse la poésie du film. Les corps nus dans l’ombre et, plus généralement, les jeux d’ombre et de lumière, également, font l’objet d’un traitement hypnotisant.

A côté de ce travail graphique, la plongée dans la campagne québécoise est rendue par une bande-son attentive aux sons étouffés par la neige, qui nous plonge immédiatement dans ce froid isolement. Nous regrettons toutefois que, au contraire de ses courts-métrages, peu bavards, Félix Dufour-Laperrière accorde une trop grande place aux dialogues, controverses et monologues, qui finissent par lasser le spectateur.

Un film un rien esthétisant

Il semble que le sujet du film soit un prétexte à la monstration de capacités esthétiques et formelles qui se fait au détriment de l’attention du public. A titre d’exemple, la lecture que nous livre in extenso l’ex-femme de Joseph d’une nouvelle écrite par ses soins finit par nous perdre par sa poésie facile et ses longueurs. Les dialogues et les dessins de visages sont, dans l’ensemble, moins convaincants que la peinture des paysages, comme si les éléments relatifs à l’action n’intéressaient pas le réalisateur.

Cette difficulté à gérer la durée et la narration peut sans doute être mise sur le compte de l’hybridité du travail de l’artiste, très féconds dans ses courts-métrages expérimentaux mais qui peine ici à maintenir l’attention du spectateur jusqu’au bout. Cela ne change rien à la beauté du dessin et de l’animation, qui valent à elles seules le déplacement.

Visuel : affiche du film.

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Julia Wahl
Après dix ans d'enseignement des lettres en lycée, je travaille actuellement à la compagnie de danse verticale Retouramont comme chargée de diffusion et de production. Auparavant, j'ai œuvré six mois à l'Action culturelle du Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette.Ces expériences m'ont permis et me permettent encore de développer mes compétences en gestion de projet, en relations publiques et production, de même que ma connaissance des réseaux du spectacle vivant.A côté des ces activités professionnelles, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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