Opéra

Simon Boccanegra, peintures politiques à Montpellier

Simon Boccanegra, peintures politiques à Montpellier

25 juin 2019 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra national de Montpellier Occitanie referme sa saison avec un Verdi encore passablement mésestimé,Simon Boccanegra, dans une mise en scène virtuose de David Hermann coproduite avec l’Opéra des Flandres, Karlsruhe et Luxembourg.

[rating=4]

Simon Boccanegra appartient aux chefs-d’oeuvre encore un peu mésestimés. Certes, Verdi a dû reprendre sa partition près de vingt-cinq ans après l’échec de la création, avec la complicité de Boïto – qui signera les livrets des derniers – et magistraux – opus, Otello et de Falstaff. Un quart de siècle, c’est justement le délai entre le prologue et l’action principale d’un argument dont les nœuds pas toujours explicites, entre autres en raison de changements de nom des personnages, servent d’alibi à la relative réticence du public, oubliant au passage que l’auteur du drame qui a inspiré l’opéra, Gutiérrez, est aussi la source du Trouvère, où les rebondissements de l’histoire défient au moins autant la simplicité logique. On ne saurait pourtant rester insensible à ce sombre traité de politique où la rédemption par l’amour reste toujours fragile, et aux échos qui dépassent les éventuelles questions d’actualité.

David Hermann n’a pas choisi la facilité de la transposition. Dans une scénographie qui mêle les époques et les symboles, il cherche à mettre en évidence les significations paraboliques, au-delà des exigences de l’illusion réaliste, au risque de perturber parfois l’intelligibilité pour ceux qui ne sont pas familiers avec l’ouvrage. Elaboré par Christof Hetzer et rehaussé par les lumières très expressives de Fabrice Kebour, le dispositif rotatif nous invite d’abord dans un bureau évoquant le style gothique italien à la veille de la Renaissance où se déroule l’intrigue. Un jeu habile dans les costumes, puisant dans des temporalités différentes, dessine la solitude du pouvoir, autant qu’un mille-feuille de niveaux de lecture. Seul à être vêtu en habits d’aujourd’hui, Simon est élu doge à l’issue de tractations de Paolo Albani, et ses comparses, vêtus comme des personnages que l’on croirait sortis d’un tableau de Rembrandt ou Frans Hals. Les références picturales ne manquent pas au fil de la soirée. Le finale du premier acte se révèle le plus éloquent, reconstituant la Cène de Vinci alors qu’Amelia, figée en Vierge en prière, va révéler la trahison de Paolo – sans le nommer. Le dénouement reviendra à la même scène qu’à l’incipit, Gabriele Adorno ayant succédé à Simon Boccanegra à la place ducale : suggéré par les dernières mesures, lancinantes, de la partition, le pessimisme politique de Verdi quant à l’éternel retour des complots et autres manipulations induites par la soif de pouvoir se trouve ici explicité.

Dans le rôle-titre, Giovanni Meoni compose une incarnation sensible et intelligente. D’une puissance homogène, sans ostentation, le baryton italien calibre surtout avec une remarquable justesse les affects et les tourments d’une figure résumant sans doute les idéaux de Verdi lui-même. En Amelia, Myrtò Papatanasiu contraste par un sens aigu des effets, portés par une belle opulence du timbre et une extériorisation psychologique un peu appuyée. Avec Fiesco, Jean Teitgen aborde un des grands Verdi auquel sa voix ample et riche le destine. Loin de se reposer sur le confort de ses moyens, il laisse affleurer la fragilité du patricien derrière le masque d’une autorité qui n’accuse pas inutilement la dimension patriarche. Vincenzo Costanzo affirme la juvénilité solaire et impétueuse d’Adorno. Leon Kim résume sans réserve la noirceur machiavélique de Paolo, ordonnant au Pietro solide de Paolo Battaglia de réaliser ses basses œuvres. Les interventions d’Alexandra Dauphin, la servante, et Charles Alvez da Cruz, la capitaine, ne déméritent aucunement. Préparés par Noëlle Gény, les choeurs remplissent leur exigeant office. Dans la fosse, Michael Schønwandt fait respirer efficacement la plénitude orchestrale d’une des partitions majeures de Verdi, avec un évident souci de la continuité dramatique.

Gilles Charlassier

Simon Boccanegra, Verdi, mise en scène : David Hermann, Opéra national Montpellier Occitanie,  juin 2019

© Marc Ginot

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Gilles Charlassier

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